Un jour de 14 juillet en France…

Un jour de 14 juillet en France….

Ce 14 juillet 2019 ne restera probablement pas dans les mémoires mais à tous points de vue, il le devrait. Ce 14 juillet-ci a mis en lumière des tensions que l’on percevait bien jusque là mais qui n’avaient jamais été si prégnantes. Elles se sont seulement cristallisées le 14 juillet, jour de notre prétendue fête nationale.

Bienvenue dans le monde dystopique de la Macronie.

Cela fait des mois que nous glissons tout doucement vers la démocrature. La Justice est un vain mot dans ce pays où l’on peut très sévèrement être puni, y compris par la peine de mort, pour des vétilles et exempté de toute sanction en cas de faute grave.

Des exemples ?

On ne compte plus le nombre de personnes mutilées lors de manifestations, même pacifiques. L’État, par le biais des policiers, leur tire des flashball en pleine tête, rendant les opposants aveugles à vie, handicapés, estropiés ou manchots. Voire même expédiés ad patres sans autre forme de procès, comme Zineb Redouane, tuée par une bombe lacrymogène alors qu’elle était chez elle en train de fermer ses fenêtres ou la noyade probable de Steve Maia Caniço lors de la fête de la Musique. Le seul tort de Steve Maia Caniço avait été de faire trop de bruit avec ses amis lors de la fête de la Musique le 21 juin. Les forces de l’ordre ont donc jeté (ou poussé) les quinze jeunes gens dans la Loire à Nantes. Steve n’en est pas ressorti.

Une semaine après ces événements, le 28 juin, le syndicat Alliance de la police relatait qu’un commissariat de l’Eure avait fait l’objet « d’assauts » répétés et d’une « agression d’une violence inouïe » de la part d’une trentaine d’individus pratiquement tous mineurs et cagoulés. Dès le lendemain, la mairie de Val-de-Reuil démentait, parlant de « fake news » et de « vitres brisées ».

Les mots criés « Allah Akhbar » sont, bien sûr, des « interprétations fantaisistes. »

Visiblement, il n’y a eu aucune arrestation, Mieux encore, la mairie évoque “un incident limité et, hélas, devenu banal quand la chaleur de l’été amène les jeunes à rester dans la rue” !

Les parents de Steve Maia Caniço et ceux de tous les jeunes mutilés à vie par le gouvernement Macron apprécieront le fait que caillasser un commissariat est en France un acte beaucoup mais alors beaucoup moins grave que d’écouter de la musique aux nuits de la Saint-Jean.

Mais les Morlocks ne sont pas que certains membres des forces de l’ordre ou les casseurs cagoulés. Non. Ils existent au plus haut niveau de l’État et prennent une forme plus subtile. Celle de la corruption.

Nous ne reviendrons pas sur les 21 ministres qui ont fait l’objet de « rectifications fiscales » en 2018, ni sur la douzaine de membres LREM qui font ou ont fait l’objet d’enquêtes préliminaires et d’informations judiciaires. Nous les connaissons tous, de Muriel Pénicaud à Alexis Kohler en passant par Alexandre Benalla, Françoise Nyssen, Richard Ferrand, Jean-Jacques Bridey, Laura Flessel, François Bayrou, Marielle de Sarnez, Sylvie Goulard, M’Jid El Guerrab, Mustapha Laabid pour ne mentionner qu’eux. Mais c’est déjà de l’histoire ancienne. Il ne leur arrivera rien.

Pour le 14 juillet, nous avons eu droit non seulement à l’affaire de Rugy, mais cerise sur le gâteau, à sa morgue sans vergogne, sa verve éhontée. Non seulement le gars est corrompu mais encore il trouve cela normal !

C’est nous qui le scandinavisons !

Mediapart révèle que François de Rugy et sa femme ont organisé des somptueux dîners entre 2017 et 2018 aux frais de la République, avec homards, vin à 500 euros la bouteille, et ces dîners étaient servis par le personnel de l’Assemblée en-dehors des réunions de travail de monsieur.

Réponses de François de Rugy, ministre de la Transition Ecologique :

“Je n’ai rien fait qui soit en dehors des clous. En France, le modèle n’est pas la barre chocolatée de la ministre suédoise…”

Ah bon ! En Suède, la chasse à la corruption s’apparenterait à de la chasse aux sorcières. En France, la corruption est non seulement de mise, elle est souhaitable !

« On reproche souvent aux hommes et aux femmes politiques d’être dans une forme de bulle politique, moi j’ai toujours souhaité que l’Assemblée nationale soit ouverte”.

Ah si consommer du homard et des bouteilles à 500 euros pièce, c’est être plus près du peuple, alors effectivement…

On avait déjà eu Darmanin compatissant sur le fait qu’un smicard ne pouvait pas s’offrir un repas à 200 euros sans le vin, on a maintenant un Rugy qui trouve que s’offrir des dîners coûteux sur le dos du peuple, c’est renforcer le lien qui nous unit !

On comprend mieux le « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche » de la reine Marie-Antoinette. Au fond, elle aurait pu être LREM. Et dire qu’on lui a coupé la tête pour ça !

Mais la fête n’est pas finie, loin s’en faut. Rien ne nous aura été épargné.

Quand Macron, royal, descendit en voiture blindée les Champs-Élysées dimanche, peu s’attendait-il à être hué, je suppose. Et même aujourd’hui, il ne peut le concevoir ! Très digne, il s’offusque de ce que l’armée qui nous défend chaque jour puisse être sifflée !

Sauf que…. c’était bien à lui que les huées s’adressaient, pas à l’armée ! Mais quelle mégalomanie possède cet homme de ne pas voir à quel point il est haï ! 

      Macron a de la chance d’être hué. Le roi Louis XVI aurait bien aimé s’en tirer à si bon compte.

Pendant que Macron faisait son Jupiter, les Gilets jaunes, Eric Drouet, Jérôme Rodrigues et Maxime Nicolle furent arrêtés en marge du défilé du 14-Juillet, comme 180 autres personnes.

On tombe là en plein film « Minory Report » où les gens sont arrêtés AVANT même qu’ils ne commettent des crimes.

A la sortie de sa garde à vue, Jérôme Rodrigues a expliqué qu’il était arrivé dès l’aube sur les Champs-Elysées,“en tant que citoyen”. “J’ai moi-même de la famille dans l’armée, je suis très respectueux de nos armées.” dit-il.

Mais en Macronie, être Gilet Jaune, même pacifiste, c’est pire que d’être casseur, pilleur ou même terroriste.

J’exagère ??

Pas du tout.

Quand je suis rentrée du spectacle du feu d’artifice, toutes les chaînes d’infos étaient dithyrambiques : les Champs-Élysées, interdits un peu plus tôt aux Gilets Jaunes, étaient largement ouverts aux supporters de l’Algérie, qui fêtaient leur victoire en demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations.

Tout se passait dans la liesse et la bonne humeur. Il n’était question que d’ambiance festive. Pas un mot sur les pillages où trois jours plus tôt, pour les quarts de finale, célébrations avaient rimé avec dégradations. Plus un mot sur la vandalisation des magasins de motos, avenue de la Grande Armée, plus une seule référence sur les vitrines brisées des Champs-Élysées, sur les policiers blessés à Marseille, tous méfaits qui avaient valu de la part de Castaner un retentissant “inacceptable” au soir du 11 juillet.

Nous étions assez nombreux à trouver la blague amère : les supporters algériens ravageaient tout le pays mais c’est à eux qu’on formait une haie d’honneur en leur disant que les pillages, c’était open bar. A nous, les descendants des révolutionnaires, on offrait la garde à vue ou le mépris.

Le président du Sénat Gérard Larcher avait même dénoncé dans un tweet le « contraste saisissant entre les Français fiers de leurs soldats, de leur engagement pour défendre à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières les valeurs humaines et démocratiques et des groupuscules qui contestent nos principes républicains. Honte à eux ! »

Bien sûr, il ne se référait pas aux supporters algériens qui, eux, ( pas de honte ou quoi que ce soit, il ne leur arrivera rien ) ont entrepris de démolir méthodiquement des abribus, mettre le feu aux voitures, piller les magasins et bombarder les forces de l’ordre de projectiles, bouteilles et pierres. Non ! La honte nous revenait, à nous, d’être des citoyens contestataires mais pacifistes.

Normal, quoi !

Et c’était notre fête nationale du 14 juillet, celle où nous étions censés célébrer l’esprit révolutionnaire !

Et pendant qu’à Nice, pour la première fois depuis 3 ans, le 14 juillet était fêté comme il se doit et que les 86 noms des victimes de l’attentat islamiste étaient égrenés, partout en France, les supporters algériens s’étaient emparés des rues. On ne fêtait plus notre 14 juillet mais la Coupe d’Afrique des Nations de football.

La France n’est pas seulement devenue multi-culturelle ; l’Algérie, et plus largement le Maghreb, est devenu un proto-état dans l’état. Et personne ne trouve inquiétant que la France se soit mise toute entière aux couleurs de l’Algérie lors de sa propre fête nationale.

La question qui se pose est celle-ci : lors de la Coupe du Monde, l’Algérie s’est-elle mise aux couleurs de la France ?

La réponse vaut un homard et une bouteille de vin à 500 euros.

Et pendant ce temps-là, pendant que le pays pansait ses plaies comme il le pouvait et que le ciel s’assombrissait, Macron Jupiter 1er de Cordée nous sortait l’une de ses cartes maîtresses qui prouve qu’il est dans un univers parallèle : il annonçait la création d’un commandement militaire de l’espace. Le domaine spatial était devenu du jour au lendemain un « véritable enjeu de sécurité nationale » qui nous coûterait des milliards, cela va de soi.

En bref, Macron se voyait dans la Guerre des Etoiles ou Star Trek ou je ne sais quoi.

Ici-bas les urgences des hôpitaux laissaient les patients crever faute de personnel. Le Samu avait peine à répondre à la demande. Tout le personnel soignant s’était mis en grève à un moment donné, et la réponse de Macron, c’était la Guerre des Etoiles tandis que tournoyaient les drapeaux algériens sur le sol français dans l’indifférence générale.

La seule lueur d’espoir, le seul moment de rêve,  ce fut ça, l’homme volant :

Franky Zapata

Laurence Esbuiée© 15 juillet 2019