Audrey Tcherkoff

Voilà, nous y sommes. Jacques Attali est de nouveau monté au créneau pour nous présenter celle qu’il a choisie pour être notre présidente en 2022.

Dernièrement, Attali a débuté en douceur, en critiquant Macron sur la gestion de la crise Covid, sur les restaurants qui restaient fermés, ce qu’il assimile à juste titre à une dérive du pouvoir.

Décryptage : Macron, mon petit, on te lâche. Bon vent.

Il faut dire que Macron n’est plus porteur. Le mythe du fringant jeune banquier qui allait reprendre en main la destinée de la France a fait long feu. Il est à ce jour le président le plus haï de toute la 5e République. Et comble de malheur, le député Olivier Marleix qui insistait depuis 8 mois pour avoir les résultats des élections municipales par parti politique a finalement obtenu gain de cause : LREM a obtenu 2,22 % des voix aux dernières élections. Ce n’est plus une claque, c’est un tsunami.

Il convenait donc de trouver un remplaçant à notre cher poudré. Une femme de préférence pour accréditer l’idée d’un changement. La voilà toute trouvée, Audrey Tcherkoff, une jeune cadre dynamique qui coche presque toutes les cases du progressisme.

Dans les articles en ligne, le portrait qui en est dressé est à la limite du caricatural : C’est une jeune maman de 37 ans « qui veut sauver le monde. (…) Si elle n’est pas superwoman, ça y ressemble. (…) La petite fille qui voulait changer le monde est toujours au fond d’elle, réclamant sa part d’absolu.»1

On va abréger : elle fait un voyage au Népal et c’est l’illumination : elle comprend qu’elle doit se dévouer à des causes humanitaires. C’est pourquoi elle rentre à Dubai où elle réside. Puis lors d’un voyage à Paris, l’idée lui vient que pour sauver le monde, elle doit intégrer l’ONG de Jacques Attali « Positive Planet ». Et de revenir vivre à Paris. La voilà donc prête, soutenue par son Sud-Africain de mari, à être au cœur de l’action.

Sur TV5-Monde le 27 novembre 2020, elle fait une prestation très codifiée. Comme dans une pièce de théâtre, les répliques sont calibrées et recrachées sans la moindre hésitation. Tous les poncifs du Nouvel Ordre Mondial sont énoncés sur le ton mesuré qui convient. Ainsi la jeune Audrey d’affirmer : « Nous avons là une opportunité extraordinaire de transformer cette crise sanitaire qui a amené à une crise économique terrible en une réelle opportunité de changement de paradigmes et de proposition d’un nouveau modèle de société.» Les non-initiés ne peuvent qu’approuver : certes, se disent-ils, un changement est nécessaire. Surtout après Macron.

Mais pour tous ceux qui ont pris la mesure de la Grande Réinitialisation de Klaus Schwab, les mots sont menaçants. Car on peut voir la chose différemment : maintenant qu’on a créé une crise sanitaire de toutes pièces, que nous avons ravagé et détruit l’économie, supprimé des hôpitaux, nous pouvons instaurer une société où les experts non élus, non connus décideront de notre mode de vie de l’étranger. On pourra nous imposer le passeport vaccinal puis le permis de bonne conduite comme en Chine.

J’exagère ? Pas vraiment.

Elle dit elle-même qu’elle a fait un sondage auprès de 6000 ( six mille !! ) personnes dans les pays du G20 et 96 % de ces six mille personnes veulent un changement.

Que l’on comprenne bien : un échantillon de 6 000 personnes sur 20 pays, cela donne 300 personnes par pays. Et sur ces personnes (choisies sur quels critères ? ) 4 % n’adhèrent pas au projet. Et depuis quand devrions-nous en France nous soucier de ce que pensent 300 Chinois ou Sud-Coréens sur notre choix de gouvernement ?

Il y a, dit-elle, une crainte derrière la pandémie, celle des protestations et du « populisme » et c’est donc là le moyen d’y répondre, en fournissant des propositions très concrètes. On peut choisir le repli sur soi ou faire le choix de l’entraide dans un esprit de solidarité internationale. Là encore, elle utilise la novlangue : « solidarité internationale » pour « éradication de toute initiative nationale ».

« Une des propositions fortes de ce manuel2 c’est de procéder à la création d’un haut conseil avec des experts qui seront en charge de plans d’action et de prévention pour nous donner les armes nécessaires pour prévenir les crises sociales et environnementales. »

Ce qui est dramatique, c’est que Patrick Simonin joue le rôle de de faire-valoir et non celui de journaliste. A aucun moment, il ne remet en question le bien-fondé des assertions de la dame. Aurais-je été sur le plateau, j’aurais dit, avec un brin d’ironie : « Le même type d’experts que ceux qui ont conseillé le Doliprane, puis le Remdesevir pour soigner le Covid et qui ont traîné dans la boue les médecins comme le Professeur Raoult qui voulaient soigner les malades ? »

Mais non, il va même jusqu’à lui souffler les bonnes répliques et de dire : «  Une sorte de gouvernance mondiale ? » comme si une gouvernance mondiale était devenue un mode de gouvernement naturel, comme si voter pour une personne qui appliquera les conseils d’un groupe opaque « d’experts » internationaux devait nous remplir de soulagement.

Pourtant, on a vu ce que ça a donné, Macron dans son bunker, parlant à son conseil McKinsey par vidéoconférence, un état d’urgence prolongé jusqu’à juin 2021 sans possibilité de le remettre en question

Réponse de la dame : « Cela me semble indispensable et les citoyens l’ont bien dit quand on les a interrogés. »

Toujours ces mystérieux citoyens sur qui on devrait fonder notre opinion !

Elle continue. Tous les mots-clés du progressisme y sont : spécialistes et groupes de travail, bonnes pratiques, question du genre. Puis quand vient la question du remboursement de la dette, on comprend en filigrane qu’on piochera dans l’épargne des Français pour la rembourser en partie. Mais ce n’est pas dit expressément. Il ne s’agit pas d’effrayer les moutons.

Et de conclure : « Il sera trop tard pour revenir à zéro. » Traduction : on va mettre le vote par correspondance comme aux USA, et là il sera trop tard pour revenir en arrière. Le Nouvel Ordre Mondial est en marche que vous le vouliez ou non.

Mais attention, hein, c’est dans votre intérêt.

Le problème, c’est qu’Attali a fait le mauvais choix avec Macron en 2017. A son corps défendant, Macron a été comme une loupe grossissante de la politique mortifère du Nouvel Ordre Mondial. Des voix déjà s’élèvent pour conspuer Audrey Tcherkoff.

Je ne suis pas sûre que le coup du petit génie sorti d’un chapeau d’Attali fonctionne encore une fois.

Laurence Esbuiée©14 février 2021

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Notes :

1Www.magicmaman.com

2« Manuel pour une sortie positive de la crise » d’Audrey Tcherkoff