Délicats coups de cœur présidentiels…

LES DÉLICATS COUPS DE CŒUR DE NOS PRÉSIDENTS MORLOCKS

C’est à croire que nous avons élu nos trois derniers présidents de la République, non sur leurs capacités à diriger le pays avec en tête le bien supérieur de la nation, mais bien sur leurs qualités à semer la discorde, saper les fondements même de la démocratie, privilégier les ultra-riches au détriment de tout un peuple, détruire tous les acquis sociaux, dynamiter l’idée même de collectivité et laisser libre cours à leurs délicats coups de cœur qui sont comme autant de coups de canifs au cœur de la République.

De Sarkozy, on retiendra son énergie peu commune qui le mena jusque devant les fenêtres de la « racaille » qu’il voulait absolument « nettoyer au Kärcher» tout en éradiquant la police de proximité qui avait fait ses preuves pour justement la contrer. Ce fut lui aussi qui déclara une guerre sans merci à Kadhafi après l’avoir reçu en grande pompe à Paris. Cet acharnement personnel à abattre ( au sens propre ) son ancien allié a provoqué le chaos dans lequel la Libye se débat aujourd’hui et qui n’est pas sans répercussions jusque chez nous. De lui on retiendra aussi toutes les “affaires” mafieuses qui auraient dû faire honte à un élu qui avait en main la destinée de la nation.

Puis nous eûmes Hollande en scooter qui répudiait ses concubines jusque sur le perron de l’Élysée tout en traitant le peuple qui l’avait élu de « sans-dents ». Hollande, en gouvernant par 49.3, réussit à dynamiter ce qui restait du socialisme français, saccagea le droit du travail et pava la voie à son successeur tout en prônant la ratification d’un CETA contraire aux intérêts de la France. Ce fut lui aussi qui se précipita au chevet d’un Théo sodomisé par la matraque d’un policier lors de son interpellation musclée. Un an plus tard, le fameux viol semble être remis en question, d’après 2 nouvelles expertises qui eurent lieu en février 2018. En revanche, ses frères et lui ont trempé dans une affaire d’escroquerie où ils reçurent, selon l’article du Parisien du 28 avril 2017, « 678 000 € de subvention d’État, dont 170 000 € directement virés sur les comptes de huit membres de la famille et 80 000 € retirés en liquide. Théo a perçu à lui seul 52 000 €. »

Mais pendant que Hollande accourait pour s’excuser, au nom du peuple français, des tortures présumées subies par Théo, il ne lui vint jamais à l’idée de rendre visite aux policiers de Viry-Châtillon qui avaient été gravement blessés par un cocktail Molotov dans l’exercice de leurs fonctions. Il ne lui vint pas à l’idée de se précipiter au chevet d’un Vincent Ruiz, dont les brûlures furent si graves qu’elles ne lui permirent pas de reprendre le travail. Non seulement il ne s’excusa jamais de ses erreurs mais encore il ne cessa de parler de populisme à la moindre critique.

Macron de Johnny à Gassama, en passant par Trump : la croisière s’amuse. En attendant on joue de la kalach dans les cités….

Nous avons à présent Macron, non exempt de coups de cœur, lui aussi. Comme les 2 autres, il semble ne vivre que dans le moment présent, incapable de réfléchir une seconde aux conséquences de ses actes. Tout comme les deux précédents, il s’ingénie à détruire ce qui nous reste de démocratie et de justice au nom de la suprématie des Morlocks. C’est lui qui organisa des funérailles quasi nationales à Johnny Hallyday dont on devait apprendre que, contrairement au droit français, il avait déshérité ses enfants et que de plus, il n’avait choisi d’être enterré à St Barthélémy que pour que sa veuve puisse échapper au fisc. C’est lui encore qui offrit le spectacle grotesque d’un président français donnant d’interminables poignées de main viriles à un président américain goguenard qui le ridiculisait devant le monde entier en époussetant d’un revers de main des pellicules sur son veston. C’est encore lui, Macron, qui repartit bredouille sans avoir fait fléchir Trump ni sur les accords iraniens, ni sur le dossier du climat, ni sur l’exemption de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium pour les pays de l’UE.

Si ce n’était point là une gifle diplomatique, ça en avait tout l’air.

Et pendant que Macron pavoisait à Washington pour obtenir un zéro pointé, Angela Merkel, sans pompe ni fanfares, s’entendait avec Poutine pour défendre leurs intérêts communs, à savoir leur projet de gazoduc qui devrait permettre à terme le transit de gaz russe directement de la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique. On aurait pu croire qu’avec un tel palmarès, Macron se serait arrêté un instant pour réfléchir et aurait finalement pris conscience d’une chose : le coup de cœur, c’est bien ; la réflexion, c’est mieux. Surtout quand on devrait diriger un pays.

Le lundi 21 mai dans la cité la Busserine à Marseille, plusieurs hommes cagoulés et armés de kalachnikovs ont ouvert le feu, y compris sur une voiture de police. Pas de chance pour Macron, la scène a été filmée. Qu’a fait Macron ? A-t-il seulement mentionné le fait que dans certains quartiers, la police n’avait plus droit de cité ( sans jeu de mots) ? A-t-il lancé une vaste opération de police ? Pas du tout. Il s’est contenté d’envoyer le ministre Collomb qui s’est pointé à la Busserine à minuit ! A minuit, lors du ramadan ! La vaste blague. Et là, au patron d’un snack, il a tenu ce discours édifiant : “Vous leur direz que je m’intéresse à eux.” On croit rêver. Les mots manquent pour décrire l’ineptie du bonhomme. “Je m’intéresse à eux.” C’est sûr que les trafiquants de drogue ont dû avoir grand-peur ! Et que depuis lors, une telle scène ne se reproduira plus.

Heureusement, voilà l’acte héroïque et inattendu de Mamoudou Gassama. Dans la foulée, un Macron aux abonnés absents jusque là l’invite à l’Élysée, lui octroie la nationalité française et lui offre un poste chez les pompiers. Le problème, en-dehors du fait que les pompiers n’ont visiblement pas été consultés sur le choix de leur prochain collègue, que des centaines de migrants se retrouvent en centre de rétention au même moment grâce à des lois plus drastiques qu’elles ne l’étaient, mises en place par son gouvernement, c’est que le peuple ne peut s’empêcher de crier à l’injustice face aux deux poids deux mesures.

Car enfin, pour ne mentionner que lui, quand le jeune Loïc Monnin a sauvé en juillet 2017 des personnes âgées d’un immeuble où le feu avait pris, au risque de sa propre vie, le président Macron s’est-il précipité à Pau pour le féliciter ? Non, bien sûr !

Ironie de l’histoire ! Quand Bilal Bisoultanov, un demandeur d’asile tchétchène arrivé en France quelques jours plus tôt, sauva des crues de la Seine en juin 2016 un homme qui risquait de s’y noyer, moment immortalisé par la photographe Marie Pili Puig, a-t-il été régularisé seulement ?

Nul ne le sait. Son nom est tombé dans l’oubli.

Mais voilà, nos présidents morlocks ne pensent pas : ils se pavanent comme des marmousets.

Laurence Esbuiée © 28 mai 2018