Du Tref au Bantoustan

On m’a souvent demandé ce qui m’avait incitée à aller en Palestine. La vérité, c’est que si je fis partie des missions civiles pour la première fois en décembre 2001, ce fut totalement par hasard.

Les missions civiles ne sont pas humanitaires ; nous n’apportons ni soins, ni médicaments, ni nourriture. Nos missions sont uniquement pacifistes. Elles sont chapeautées par les ONG palestiniennes. Le principal but de ces missions, ainsi que devait nous l’expliquer un jour Raji Sourani, avocat et directeur palestinien du Centre Palestinien des Droits de l’Homme à Gaza (PCHR), est de faire venir des militants pacifistes du monde entier pour qu’ils voient la situation sur le terrain, qu’ils en soient les témoins et les rapporteurs. Les ONG palestiniennes espéraient qu’avec une connaissance empirique de la situation, les pacifistes pourraient être à même d’influencer leurs gouvernements respectifs. Les Palestiniens ne demandaient pas grand-chose, avait-il poursuivi, seulement qu’on les laisse vivre en paix sur les 22% restants de la Palestine historique.

Ce qu’ils demandaient, c’était l’application du Droit International, notamment de la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU qui prévoit le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés, en Cisjordanie et Gaza.

Mais le rôle de ces missions n’est pas seulement le témoignage, c’est aussi bien souvent l’élaboration de liens avec une population locale trop souvent mise à l’index, c’est aussi dans certains cas faire office de bouclier humain. Un soldat israélien hésitera à tuer un jeune homme d’une balle dans la tête si une quinzaine d’étrangers se met à l’observer.

J’ignore jusqu’à quel point ces missions sont bénéfiques. Arthur Koestler disait que « la soif de justice est un signe de neurasthénie et la recherche de valeurs morales s’accompagne toujours de quelque affection morbide. » Notre monde moderne est tout aussi acerbe dans sa critique de ceux qu’une amie infirmière surnomme avec un brin d’ironie « les mousquetaires de l’humanitaire ». Il faut dire qu’elle sait de quoi elle parle.

Les avis en Palestine même sur nos actions sont partagés.

Néanmoins, nombreux furent ceux qui nous remercièrent d’être là, nombreux furent ceux qui prirent notre présence comme la preuve, trop souvent rare hélas !, qu’on ne les avait pas oubliés.

Pour autant, si je fais le bilan de toutes mes actions en faveur de la Palestine, ce furent là quatorze années de perdues : rien, absolument rien de ce que j’ai entrepris n’a eu le moindre impact positif. Au pis, j’y ai laissé nombre d’amis qui ne m’ont pas pardonné mes prises de position ; au mieux, j’y ai investi un temps, une énergie considérable et de l’argent pour un résultat que je qualifierais de nul aujourd’hui.

Alors, comme le disait André Brink dans « A Dry White Season » à propos de l’Apartheid en Afrique du Sud, « Peut-être que tout ce qu’on peut espérer, tout que je suis autorisé à faire, n’est rien de plus que ceci : tout noter. Rapporter ce que je sais. De manière à ce que le ” je n’en savais rien” ne puisse plus jamais être invoqué.  »

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                             2e extrait