«  Essayez la dictature et vous verrez ! »

Dans l’avion qui le ramène de Jérusalem où Macron – une fois n’est pas coutume – nous a fait honte sans l’avoir voulu en voulant imiter Chirac, il semble avoir piqué une de ces crises de mégalomanie dont il a le secret.

Ce jeudi 23 janvier 2020, devant les journalistes, notre Jupiter premier-de-cordée n’a pas mâché ses mots, vitupérant contre le peuple français qui ose regimber devant le bonheur qu’il lui promet. Il s’est donc exclamé, de cette voix de fausset qu’on lui connaît et que nous sommes si nombreux à détester :

« La démocratie est un système politique où l’on choisit les représentants qui auront à voter librement les lois qui régissent la société».

Objections :

  • Emmanuel Macron n’a récolté que 18% des votes des personnes inscrites sur les listes électorales.
  • Une centaine de députés En Marche a disparu de l’Assemblée Nationale. On ne sait à ce jour où ils sont passés. 1
  • Municipales 2020 : Une circulaire de Christophe Castaner n’attribue plus de couleur politique aux candidats sans étiquette dans les petites communes, ce qui permettrait en mai de faire élire un maire proche de LREM sans le dire aux administrés ou alors de cacher à quel point LREM n’est absolument pas implanté en France. Les petites villes seront écartées des résultats nationaux – elles représentent 96% des communes.
  • Octroi de la Légion d’honneur au procureur de la République de Lyon, Nicolas Jacquet, qui vient de classer sans suite une enquête préliminaire consacrée au financement de la campagne électorale d’Emmanuel Macron.
  • Près d’une quarantaine d’élus ou de ministres LREM sont convaincus de corruption, abus de confiance, conflits d’intérêts, emplois fictifs ou violences aggravées.

    La corruption en Macronie

  • La loi sur la PMA a été votée à l’Assemblée Nationale à mains levées et adoptée par Richard Ferrand, président de l’AN (et également mis en examen pour prise illégale d’intérêts) alors qu’il n’y avait que 2 voix pour mais 20 contre :

  •  

    Mais reprit notre président premier-de-cordée infatigable dès qu’il s’agit de dire aux gueux de France qui est le maître :

«Ça (le fait d’être dans une démocratie) a beaucoup d’exigences : ça veut dire que la liberté du peuple et sa souveraineté sont reconnues.

Ah oui ? Et par qui donc ?

  • Depuis le 17 novembre 2018, il y a eu 11 morts parmi les Gilets Jaunes. La police a fait près de 4500 blessés dont 144 graves, 17 éborgnés, 4 ont eu la main arrachée, 92 personnes déclarent avoir été touchés par des tirs de lanceur de balles de défense, dans la grande majorité des cas à la tête.
  • Les tirs sont faits par les LBD, reconnus comme armes de guerre. Les Nations Unies classent le gaz lacrymogène comme une arme chimique.
  • Alexander Samuel, docteur en biologie qui enquêtait sur le gaz lacrymogène, a été placé en garde à vue en octobre 2019. Il tentait d’apporter la preuve que le gaz lacrymogène contenait du cyanure. Tout son matériel informatique et les données de son enquête ont été saisis.
  • Comme dans « Minority Report », Macron fait arrêter les gens en prévention des délits qu’ils pourraient commettre durant les manifestations. Plus de 5 000 manifestants ont été placés en garde à vue sans faire l’objet de poursuites en une seule année novembre 2018- 2019. 2 Bizarrement quand lors du Réveillon du Jour de l’An plus de 1350 voitures ont été brûlées par les racailles, il n’y a eu aucune arrestation.

Mais visiblement Jupiter ignore tout de la situation sur le terrain. Imperturbable, il continue de déverser sa colère comme l’eût fait un dieu de l’Olympe sur la race de fer :

« Mais ça a une contrepartie : c’est que, dans une démocratie, on a un devoir de respect à l’égard de ceux qui représentent et portent cette voix. Parce que, précisément, on a le pouvoir de les révoquer. On a l’interdiction de la haine. Parce qu’on a le pouvoir de les changer».

  • Bizarre, ça. On ne doit pas avoir la même notion de la définition de « révocation ». Cela fait plus de 45 jours que tous les corps de métiers sont en grève reconductible : les avocats, les pompiers, les médecins, les infirmières, les enseignants, les cheminots, les chauffeurs de bus, les conducteurs de train, de métro, de tramway, les agents du service public, les inspecteurs du travail, les danseurs et chanteurs de l’Opéra, les services de radio, la police scientifique, les chercheurs… Tous demandent le retrait de cette réforme de retraite que rien ne justifie. Macron a-t-il entendu l’appel de la rue, l’appel de la démocratie ? Que nenni.
  • On devrait pouvoir changer les choses. Or le peuple demande la destitution de l’Assemblée Nationale, voire celle de Macron elle-même. Et alors ? Et alors, rien.

«Et, aujourd’hui, s’est installé dans notre société, et de manière séditieuse par des discours politiques extraordinairement coupables, l’idée que nous ne serions plus dans une démocratie, qu’il y a une forme de dictature qui s’est installée».

Oui, Jupiter, c’est le cas. En cas de doute, relire tout ce qui est en rouge là en haut.

Alors , emporté par une juste colère vis-à-vis de ce peuple de sans-dents ignorant et ingrat, il les maudit :

«Mais allez en dictature ! Une dictature c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois. Une dictature c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c’est ça, essayez la dictature et vous verrez !»

Mauvaise définition, Jupiter. Car très précisément, ici en France, on ne change pas de dirigeants, on change de figures théâtrales, c’est tout. Notre vote n’est jamais reconnu. Quand en 2005, nous nous sommes exprimés sur la question de l’Europe, nous avons été prêts de 55 % à la rejeter en l’état. Elle nous a pourtant été imposée.
Cela fait des décennies qu’on ne nous offre pour tout choix que la peste ou le choléra. Avec cette petite précision importante : Le résultat est à chaque fois pire. A chaque élection on s’enfonce un peu plus dans le déni démocratique, dans une oligarchie opaque, une start-up nation télécommandée de l’étranger.

Mais Macron n’écoute pas. Il est pétri d’un humanisme à la Bilderberg :

«La dictature, elle justifie la haine. La dictature, elle justifie la violence pour en sortir. Mais il y a, en démocratie, un principe fondamental : le respect de l’autre. L’interdiction de la violence. (…) Tous ceux qui, aujourd’hui dans notre démocratie, se taisent sur ce sujet, sont les complices, aujourd’hui et pour demain, de l’affaiblissement de notre démocratie et de notre République».

Message clair, reçu 5 sur 5 : la démocratie macronienne, c’est « Je décide ; vous obéissez.  Et si vous refusez de voir à quel point c’est démocratique, je vous lapiderai, je vous éborgnerai, je vous mutilerai. »

Et de conclure, tout fier de son réquisitoire : «  Essayez la dictature et vous verrez ! »

Vous avez raison. Nous ne connaissons pas encore la dictature, seulement la démocrature ; ceci dit, la dictature s’avance à grands pas. Elle se fait sentir un peu plus lourdement chaque jour. Aujourd’hui, je ne risque pas de me voir arrêtée manu militari pour crime de lèse-majesté. Mais on glisse, on glisse….

Alors un jour viendra où nous chanterons le Chant des Partisans.

Et ce jour-là, nous abolirons la 5e République qui ne nous représente pas, ce pouvoir vertical qui nous oppresse. Et nous vous ferons goûter la démocratie que vous voulez nous imposer.

Et à ce moment-là, vous aurez tout loisir de nous dire à quel point vous l’aimez.  Et à ce moment-là, nous vous répliquerons : « Essayez la dictature et vous verrez ! »

Laurence Esbuiée©24 janvier 2020

 

Sources :

1http://www.leparisien.fr/politique/lrem-le-mystere-des-deputes-fantomes-a-l-assemblee-nationale-16-01-2020-8237736.php

2https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/11/16/un-an-apres-le-debut-du-mouvement-la-colere-des-gilets-jaunes-places-en-garde-a-vue-preventive_6019399_3224.html