Fébus, le Besognal et le Dogue Noir

 

Synopsis : Fébus, le Besognal et le Dogue Noir

Nous sommes au XIVe siècle, en France.

Il était une fois le Bon, le Sage, le Mauvais, le Prince Noir, la Main Rouge, Fébus, le Besognal, Le Dogue, la fée Tiphaine, un génie du nom de Harton, divers vassaux et quelques manants rebelles….

Le récit commence par un beau mariage au plus fort de la Guerre de Cent Ans…

Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que si Fébus et le Besognal sont à épées tirées, leurs relations avec le Bon, le Sage, le Mauvais, le Prince Noir, le Captal et le Dogue de Brocéliande ne sont pas toujours idylliques non plus.

Extrait :
En épousant Agnès de Navarre, Gaston III de Foix-Béarn entrait de plain-pied dans la maison de France puisque sa future femme n’était autre que l’arrière-petite-fille du défunt roi Philippe IV le Bel, par la lignée maternelle. Et il aurait pour beaux-frères Charles II, futur roi de Navarre – ce qui était prévisible – et Philippe VI de Valois, roi de France – ce qui ne l’était pas.

Et il faut dire que si la jeune Agnès fut subjuguée par la beauté de son promis, par sa jeunesse – elle avait tout juste quinze ans et lui dix-huit, ce qu’elle ne pouvait qu’apprécier à une époque où l’on mariait des jeunes filles à de vieux barbons – par sa prouesse aux armes, par sa vaillance que chacun louait, par son érudition, il en fut tout autrement pour Gaston. La jeunesse d’Agnès et sa beauté un peu mièvre qui charmaient tout autre que lui le laissèrent froid. Il était venu conclure une alliance et l’amour n’entrait en rien dans ses plans. Il fut autrement favorablement impressionné par son futur beau-frère Charles qui, à dix-sept ans, était un parfait chevalier. Gaston se trouva pâle en comparaison, et comme nous dirions aujourd’hui, provincial. La reine de Navarre possédait notamment, en son hôtel particulier de Paris, toute une bibliothèque avec des ouvrages aux reliures orfévrées, aux enluminures délicates et les plaquettes d’ivoire qui les recouvraient étaient mises en valeur par de somptueux décors en or, incrustées de pierres précieuses.

A une époque où la production des livres restait le quasi-monopole des monastères, où la production laïque était lente puisqu’elle était assujettie à des chartes de travail extrêmement strictes et où l’imprimerie n’existait pas encore, une telle bibliothèque était non seulement preuve de richesse et de goût : c’était une véritable caverne d’Ali Baba.

De plus, elle s’était attachée les services de nombre de troubadours et Guillaume de Machaut, le célèbre poète et compositeur de chants, faisait briller de son éclat la cour de Navarre.

La forêt de Compiègne, située non loin de là, offrait également nombre de distractions et pour le chasseur émérite qu’était Gaston une suite d’émerveillements.

Si la fiancée que sa mère avait choisie pour lui l’indifférait, c’est sans doute qu’elle était, des trois filles de Philippe d’Évreux, la moins jolie et la plus insipide. Sa sœur Blanche devait à sa beauté le cœur du roi Philippe. Son autre sœur, Jeanne, passait pour être la plus belle dame de la chrétienté.

D’ailleurs, nous aurons l’occasion de reparler de Jeanne d’Évreux, future vicomtesse de Rohan, dont le tempérament fougueux n’avait rien à voir avec celui de sa sœur, la douce Agnès.

Mais Gaston se souciait assez peu des filles d’Évreux ; seul le fascinait réellement l’aîné de la famille, Charles de Navarre qui, par sa prestance, son rang – il était de sang royal des deux côtés de sa famille – ses façons de gentilhomme accompli, son charme et son magnétisme semblait conquérir tous ceux qui l’approchaient.

(…)

1352

Bien qu’il n’eût jamais guerroyé pour le roi de France, au contraire de son père, Gaston III de Foix ressentit une colère démesurée quand il apprit que Jean II le Bon avait fait de Jean d’Armagnac son lieutenant et son capitaine général de la Dordogne aux Pyrénées.

De sa contrée, Gaston III était le maître tout puissant et incontesté ; en-dehors pourtant, il n’était qu’un comte occitan dont la valeur aux yeux du roi de France était moindre que celle de son ennemi juré et voisin, le comte d’Armagnac. La soudaine révélation de sa conséquence toute relative l’enfelonna.*

Ivre de fureur, il partit avec ses demi-frères, Pierre et Arnaud-Guilhem en grande chevauchée sur les terres du comte d’Armagnac qu’il ardit * proprement.

Cette chevauchée qui en soit était une vengeance émettait aussi un signal politique très clair en direction de Jean II : il importait que le comte de Foix ne fût pas tenu en mésestime ou Jean II pourrait le retrouver dans la mouvance du roi d’Angleterre.

Quant au comte d’Armagnac, il aurait du mal à expliquer au roi de France comment un homme qui était incapable de maintenir la paix sur ses terres pouvait bien espérer tenir en main le quart du royaume de France.

Mais un autre événement accapara l’attention du roi Jean II et lui fit momentanément oublier ses soucis de souverain. Il s’agissait là encore encore d’un mariage mais d’un mariage royal.

Don Pèdre, roi de Castille, plus connu sous le nom de Don Pedro le Cruel, allait épouser en juillet Blanche de Bourbon, la belle-sœur du dauphin Charles.

La fête une fois passée, des nouvelles peu rassurantes lui parvinrent de la jeune épousée qu’il décida sagement d’ignorer. Jean II le Bon n’avait pas assez de richesses ni de forces militaires pour faire la guerre à la fois à son cousin roi d’Angleterre et en même temps au beau-frère de son fils, le roi de Castille.

Décidément, ces mariages – destinés pourtant à renforcer les liens entre les grandes familles – devenaient source d’inévitables conflits.

Tant il est vrai que ces grands seigneurs sont souvent si peu raisonnables qu’un beau mariage et une belle dot ne suffisent pas à les faire tenir tranquilles.

Le bruit courut, confirmé malheureusement peu après que Don Pedro – trois jours seulement après le mariage – avait fait enfermer sa jeune épouse avant de rejoindre sa maîtresse. Les mauvais traitements que Blanche de Bourbon subit furent assez rapidement connus et universellement condamnés – mais ne furent suivis d’aucun effet.