Horreur ! Les Bleus sont… noirs !

HORREUR ! Les Bleus sont …. noirs !

Ou le mensis horribilis de Macron.

Chronique burlesque d’une réalité parallèle selon la théorie des mondes multiples d’Everett.1

À Moscou, en juillet 2018, venu pour la Coupe du Monde de football, Macron dîne après la demi-finale en petit comité avec Poutine.

Je ne comprends pas, dit Poutine entre deux bouchées, pourquoi vous êtes si heureux de voir que l’équipe de France a gagné la demi-finale contre les Belges ; après tout, si je ne m’abuse sur les 17 joueurs noirs de l’équipe de France, 2 seulement sont réellement français ; tous les autres sont africains et ils représentent plus de 70 % de votre équipe nationale.

Macron faillit s’étouffer en avalant de travers. Il aurait bien aimé dire à Poutine tout haut ce qu’il pensait tout bas, à savoir « Je t’emmerde, sale raciste » mais il y a quelque chose chez Poutine qui décourage toute velléité de ce genre, un je ne sais quoi de glacé qui rappelle que l’ancien du KGB n’est pas à prendre à la légère.

C’est pourquoi Macron avala sa salive en même temps que son orgueil et répondit aimablement :

Tous les joueurs de l’équipe de France, quelle que soit leur couleur, sont français.

Ah ? Et comment devient-on français ? Car enfin sur les 15 joueurs africains, 2 ne sont même pas nés en France et 11 autres sont nés en France de parents tous deux étrangers, une petite dizaine d’ailleurs ont la double nationalité et auraient bien pu jouer dans une autre équipe, 100 % africaine celle-là !

La boutade de Poutine fit rire l’assemblée des convives , à la notable exception de Macron et de sa suite. Macron fit un effort considérable pour ne pas se mettre à hurler à quel point ce racisme primaire le faisait dégueuler. Seule la pensée du polonium 21 et du Novitchok le retint et c’est d’un ton mesuré qu’il répondit à son interlocuteur :

Il y a de nombreuses façons d’être français. La plus courante est ce qu’on appelle le droit du sol. Tous nos joueurs, quelle que soit leur couleur, sont français grâce à ce droit fondamental, à l’exception de Umtiti et Mandanda nés en-dehors du territoire national. Mais il y a d’autres façons d’obtenir sa naturalisation, la plus courante étant par demande. Normalement on devient français au bout de 5 ans de résidence ou pour avoir suivi des études en France mais on peut le devenir immédiatement en 24 heures pour services rendus à la France, comme notre héros Mamadou Gassama, ou encore au bout de 2 ans si on est un sportif émérite, ce qui est le cas de tous nos joueurs, vous en conviendrez, mon cher Vladimir.

Il me semble, répondit Poutine, pensif, qu’il n’y a rien de plus facile que d’être français. Il n’y a donc aucune restriction, à part la durée maximale de 5 ans de résidence, pour un étranger adulte ?

Pas du tout, s’empressa de rétorquer Macron ravi, nous ne faisons en France aucune discrimination quelle qu’elle soit. On peut même très bien être français en ayant aucun rapport avec la France. Par exemple, on peut être né en Belgique et avoir des parents marocains et toutefois être français comme Salah Abdeslam.

Salah Abdeslam, celui qui a été un des instigateurs du massacre terroriste du Bataclan qui a fait 130 morts en 2015 ?

Oui, il se trouve qu’il est français pour une raison toute simple : son père, bien que marocain, est né en Algérie française. Or un parent, quelle que soit son origine, transmet la nationalité française à ses enfants même si ceux-là ne résident pas en France et n’ont jamais fait une demande de naturalisation. Excellent, n’est-ce pas, ces petits hasards de l’histoire ?

Tout à fait, 130 morts et plusieurs centaines de mutilés, c’est un excellent bilan. Mais la nationalité française ne peut-elle être révoquée, en cas de double nationalité et de menaces terroristes envers la France ?

Jamais. Prenez Mohamed Essid. Ce Tunisien a été naturalisé français quand bien même il évoluait dans les milieux djihadistes. Il est d’ailleurs le père du terroriste Sabri Essid et le beau-père de Mohamed Merah, celui-là même qui fut responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012. Et on peut très bien se voir accorder la naturalisation en étant fiché S, pour une raison toute simple : être fiché S ne veut pas dire que vous êtes un terroriste, seulement que vous êtes à surveiller, pour des motifs divers et variés, allant d’une appartenance à un groupe écologique à celui d’un réseau terroriste.

Excellent, vous avez raison de le dire, cette façon qui consiste à penser qu’un écolo est aussi dangereux pour les citoyens qu’un terroriste armé. Mais offrir la nationalité française au tout venant est en effet une grande trouvaille. Je n’y aurais jamais pensé moi-même.

C’est que nous sommes un pays tolérant. Nous acceptons toutes sortes de cultures, y compris celles qui contreviennent à nos lois les plus fondamentales. Nous sommes bien entendu contre le djihad mais ne nous offusquons pas d’apprendre que 20 % des djihadistes partis en Syrie aient continué à percevoir leurs allocations. C’est un dû. De même, la burqa est interdite de par la loi mais tolérée dans l’espace public et personnellement j’encourage le port de la burqa et du niqab pour les femmes, y compris sur les bancs des universités. La polygamie et l’excision des petites filles ne sont théoriquement pas non plus autorisées, mais on accepte sans grand mal les exceptions. Un homme peut très bien avoir droit à 4 femmes, faire 46 enfants, toucher toutes les allocations sans la moindre difficulté.2

www.alerte-excision.org

Et en contrepartie, vous obtenez quoi ?

Mais la diversité dont la France a tant besoin, pardi ! C’est l’immigration qui fait la grandeur de la France. Et on en voit déjà les bienfaits aujourd’hui en championnat, n’est-ce pas ? Mais il faut généraliser le succès. C’est pourquoi j’ai reçu au Palais de l’Élysée pour la fête de la Musique le mois dernier Kiddy Smile et tout son clan LGBT. Sur le tee-shirt de Kiddy on pouvait lire : « Fils d’immigré, noir et pédé ». Je trouve cela très sain, moi, cette façon poétique de se revendiquer.

Vous trouvez poétique de chanter « je me suis fait sucer la bite et léché les boules. Danse, enculé de ta mère, danse.. ? », intervint un conseiller de Poutine, sarcastique.

L’assemblée, d’abord choquée, s’esclaffa. Et les rires bien nourris mirent le feu aux joues de Jupiter.

Il ne s’agit pas que de chansons érotiques. Nous encourageons toutes les critiques et les revendications. Que des Français tout juste naturalisés dénoncent l’usage de la langue française dans les écoles comme du « racisme institutionnalisé » ne me choque pas. Pas plus que d’être traité de « souchien ». Devrait-on leur retirer leur nationalité française, les expulser du territoire ? Non. Ce sont aux Français de faire des efforts pour s’ouvrir à la diversité et non aux minorités de s’adapter à la culture française….

Donc l’islamisation de la société n’est pas non plus un problème ?

Il n’y a aucune religion qui pose problème en France, rétorqua Macron avec hauteur. L’immigration est une formidable opportunité pour nous tous. Une double, voire triple, culture est essentielle pour la modernité. Prenez le cas de Læticia Hallyday : elle revendique l’héritage de son mari au nom de la loi américaine et prend les couleurs de la France pour la Coupe du Monde. Comme elle a raison de suivre les traces de son défunt mari ! Il faut laisser de côté ce qui en France est déplaisant pour n’en retenir que le meilleur, le meilleur pour soi, ça va sans dire !

Là Macron risqua un petit rire. Voyant que l’assemblée russe le dévisageait avec un certain mépris et ne souriait pas, voulant alléger l’atmosphère devenue pesante, Macron risqua une plaisanterie :

Enfin, il y a bien une catégorie de personnes à qui on n’accordera jamais le statut de réfugié et encore moins la nationalité française ; c’est celle des lanceurs d’alerte. Un Edward Snowden ne sera jamais reçu chez nous : trop idéaliste. On ne veut pas en France d’hommes qui placeraient le devoir, l’honneur, l’intégrité et le bien général au-dessus de leur destinée personnelle. Ah ah ah !

Son éclat de rire fut reçu dans un silence glacial et le dîner prit fin rapidement.

« Ah, Bibi, se plaignit-il au téléphone à sa femme restée à Paris, ces Russes quels gueux, quels pithécanthropes ! Tu ne peux pas savoir ce que j’ai à subir ! »

Le lendemain, tout Moscou bruissait de blagues dites françaises qu’il serait fastidieux de répéter ici. Nous n’en mentionnerons que deux de nature à bien ancrer dans la tête du lecteur toute l’ampleur des déconvenues russes du président Macron :

«  – Tout le monde peut devenir français sauf les lanceurs d’alerte qui sont dangereux et les Martiens.

Les lanceurs d’alerte, je peux comprendre. Mais pourquoi pas les Martiens ?

Ils n’en ont pas trouvé ! »

«  – Tout androïde pourvu d’intelligence artificielle peut devenir français. Il leur suffit de demander.

Ah ? Et en France, ils ont beaucoup de robots androïdes qui demandent la nationalité française ?

Non. Mais l’Arabie Saoudite, oui ! »

Bref, Macron fut heureux de reprendre le chemin du retour où il devait comme il se doit présider la fête nationale du 14 juillet. Les choses ne se passèrent pas aussi bien que prévu. Quand la patrouille de France s’élança dans le ciel, force fut de constater qu’un fumigène rouge s’était glissé parmi les bleus censés représenter les couleurs du drapeau.

De retour à Moscou pour la finale, ce furent des quolibets sans fin de la part de Poutine :

Alors le fumigène rouge, c’était pour célébrer la victoire de ce soir des Damiers Rouge et Blanc croates ou la valeur des Diables Rouges belges qui auraient dû gagner la demi-finale il y a 3 jours?

Rira bien qui rira le dernier, grinça Macron entre ses dents.

Et de fait, quand les Bleus eurent remporté la Coupe du Monde, Macron laissa éclater une joie sans bornes et quasi enfantine.

Bof, lui glissa Poutine peu amène, n’oublie pas combien tu l’as payée, ta victoire ! Et ce que tu dois au Qatar !

C’est vrai, soupira Brigitte, il faut quand même convenir que cette deuxième étoile sur le maillot des Bleus, c’est en grand partie grâce aux ressources du plan anti-pauvreté que tu devais proposer à la rentrée !

Mais cette victoire tant attendue n’apporta pas à Macron toute la gloire qu’il en avait espéré. Il lui sembla tomber d’un coup dans un cauchemar sans fin que même Bibi ne parvenait pas à dissiper.

D’abord, au lieu d’avoir le monde admiratif à ses pieds, il lui sembla que tous les pays s’étaient ligués contre lui pour le moquer :

« L’Afrique a gagné la Coupe du Monde », clamait l’humoriste sud-africain Trevor Noah. Le président du Vénézuela, Nicolás Maduro, ne fut pas en reste, considérant que la victoire des Bleus méritait d’être attribuée au seul continent africain et non à la France spécifiquement.

«  Ce n’est pas comme ça que ça marche, ce n’est pas comme ça que ça marche, » hurla Macron devenu hystérique dans son bureau. « Ce n’est pas une victoire de l’Afrique ni même de l’Afrique de France ou de la Françafrique comme le clament ces foutus racistes, c’est la victoire d’une France en paix avec sa diversité ! »

Et même le commentaire d’Obama sur l’équipe de France selon lequel « tous ces gars ne me paraissent pas Gaulois, à moi, mais ils sont français ; ils sont français. » venant juste avant la déclaration « qu’embrasser notre humanité commune ne signifie pas devoir abandonner notre identité ethnique, nationale et religieuse dans ce qu’elle a d’unique » pouvait passer pour une critique implicite.

Heureusement, fidèles à eux-mêmes, les médias ( et l’AFP en tête) bientôt titrèrent : « Obama rend hommage à la diversité de la France », interprétation libre qui fut acceptée de tous, sans exception.

La Licra alla plus loin dans sa révolte du racisme étranger en titrant « L’équipe croate, dramatiquement uniforme » indiquant par là son rejet viscéral «  d’un pays adhérent à une époque funeste au culte du plus fort jouant un football qui ne serait riche que de lui-même. »

Traiter un pays de fasciste pour s’être doté d’une équipe à 100 % nationale au jeu très nettement supérieur à celui des Bleus, il fallait le faire. « Et même moi, se dit Macron avec désespoir quand il l’apprit, je n’y aurais pas pensé ! » Il regretta de n’en avoir pas eu l’idée le premier. Pourtant ni la Licra ni Macron ni même Didier Deschamps ne soulignèrent que les joueurs croates avaient un salaire trois fois moindre que celui des Bleus — ou que les Croates avaient joué contre leur propre camp pour octroyer une 2e étoile à la France.

Et il est de fait que les seuls à s’étonner de notre diversité toute africaine furent les étrangers. Les Français, qu’ils fussent ou non issus de la diversité, trouvaient normal quant à eux que leur équipe gagnât, quelle que fût la couleur de ses joueurs. Et c’est pourquoi ils allèrent massivement dans la rue fêter la victoire des Bleus, incendièrent près d’un millier de voitures, pillèrent les magasins, fracassèrent en toute amitié les policiers qui tentaient de les arrêter et violèrent quelques centaines de femmes qui avaient eu la naïveté de se trouver sur leur chemin.

Le lendemain de ces hauts faits, Macron reçut un appel de Poutine qu’il ne put décemment refuser de prendre : « Alors, mon cher Manu, tu te souviens de m’avoir félicité pour ma gestion impeccable de la Coupe du Monde ? Eh bien, j’ai voulu te retourner le compliment. Félicitations, mon cher, dans ton pays français, visiblement c’est la guerre civile même sans championnat ! Tes Français, quelle rigolade, quand ils sont contents, ils brûlent tout pour prouver qu’ils font la fête et quand ils sont mécontents, ils brûlent tout pour hurler à la discrimination ! »

Quand Macron eut raccroché, il se sentit nauséeux. Cette victoire ne l’auréolait pas de la gloire escomptée ; pour un peu, il eût voulu l’avoir perdue. Les déboires et les railleries, songeait-il amer, auraient été moindres. Et les sacrifices financiers aussi. Avec effroi, il constata que sa cote de popularité n’était jamais descendue aussi bas, à 39 % seulement de satisfaits.

Mais dans les coulisses se jouait un autre drame. Sitôt après la victoire, Griezmann avait été convié à s’exprimer. Sans formalité, il mit sur ses épaules le drapeau de l’Uruguay en soulignant à quel point il aimait ce pays. En privé, Deschamps le lui reprocha. Le monde entier attribuait déjà la victoire de France à l’Afrique ; en tant qu’Européen, Griezmann aurait dû s’abstenir de se draper dans les couleurs d’une équipe d’Amérique Latine.

Oh, fais chier, coach, répliqua Griezmann agacé. D’accord, je suis français sur le papier mais ça veut dire quoi ? J’ai passé plus de temps en Espagne dans ma vie qu’en France ; ma femme est espagnole, ma fille aussi et aucun de mes grands-parents n’étaient français. Moi, j’ai surtout hâte de rentrer à Madrid, c’est là qu’est ma patrie !

Et à moi aussi, renchérit Lucas Hernandez. Tu le sais, je n’ai joué avec l’équipe de France que parce que l’Espagne est plus restrictive que la France question acquisition de la nationalité. Mais pour la Coupe d’Europe, j’espère bien jouer sous le maillot espagnol ! De toute façon, il n’y a pas d’avenir pour nous en équipe de France.

Que veux-tu insinuer ? La voix de DD s’était durcie.

Allons, tu le sais bien ! Anthony Lopes, bien que né en France, a choisi le Portugal. Raphaël Guerreiro idem. Adrien Silva idem. Ils sont tous devenus portugais. Aymeric Laporte,et Adrien Rabiot n’ont pas été retenus. Qu’est-ce qu’ils disent tous ? Officiellement que l’intérêt que la Fédération Française leur porte est nulle. Officieusement ? Que s’ils avaient été noirs, on les aurait recrutés…. Alors ouais, on peut crier au racisme mais les faits sont là. Tu devrais demander autour de toi, coach, ce que pensent les joueurs eux-mêmes de l’équipe de France. Tu serais surpris !

Et ils sortirent en claquant la porte.

À Paris, l’affirmation du Point selon laquelle « la victoire des Bleus rend les Français optimistes » trouva un démenti cinglant dans ce qu’il fut convenu d’appeler « l’affaire Benalla », une affaire sordide de barbouzerie qui aurait dû appartenir au passé.

Ce Benalla avait été filmé en train de tabasser joyeusement deux manifestants lors du 1e mai. La vidéo avait fait le tour des réseaux sociaux sans provoquer le moindre remous avant que Le Monde ne découvrit qu’il n’était pas CRS mais un proche collaborateur du Président Macron. C’était grâce à Benalla notamment que le futur président avait recruté comme garde-du-corps un Congolais du nom de Makao, lui-même ami très proche de Jawad Bendaoud, le logeur des terroristes responsables des attaques du 13 novembre 2015 qui firent près de 140 morts et plus de 400 blessés.

Mais ce n’était pas là où le bât blessait.

En France, que des proches du pouvoir soient dans la mouvance islamiste terroriste n’inquiète plus que la fachosphère, c’est pourquoi nul parmi les journalistes ne s’émeut de ce fait divers.

Mais il y avait beaucoup plus grave que de simples accointances pro-djihad auxquelles le président aurait été mêlé.

Benalla semblait avoir joui de faveurs inégalées – autant qu’inexpliquées – auprès du Président Macron. Bientôt ce fut la curie. Car il faut dire que l’affaire relevait davantage de la dualité quantique que de l’expérience empirique  : le jeune Benalla avait été suspendu de ses fonctions pendant 15 jours avec retenue sur salaire tout en continuant à travailler officiellement à plein traitement. Il avait un appartement Quai Branly que non il n’avait jamais occupé mais que oui, il avait déclaré à l’administration fiscale. Oui, il était bien chargé de mission auprès du président et oui, il avait tous les insignes et privilèges d’un commissaire de police et non, il n’en était pas un – il n’était pas même flic. Oui, il avait le grade de lieutenant-colonel et non, il n’avait jamais appartenu à l’armée ni à aucun corps militaire. Oui, certes il avait tabassé deux manifestants mais non, ce n’était pas là un motif pour le mettre en garde à vue : il n’avait fait que son devoir. Oui, il était bien dans le car qui ramenait les Bleus de Russie et non, il n’avait pas donné l’ordre au chauffeur de rouler à toute vitesse pour que les Bleus puissent ouvrir le JT avec le président Macron. Oui, cependant la cadence d’enfer imposée au convoi était de son fait. Non, il n’avait pas donné l’ordre de disperser la centaine de supporters qui attendait là depuis des heures mais oui, les supporters durent s’en aller bredouille, avec pour tout lot de consolation ce bref commentaire qui n’était pas de son fait à lui, Benalla : « Les Bleus ne peuvent pas s’arrêter. Question de sécurité pour cause de possibilité dattentat.  »

Que les supporters pussent être jetés en pâture aux terroristes comme les chrétiens aux lions dans l’ancienne Rome ne frappa personne.

Tous les journaux – jusque là serviles vis-à-vis du pouvoir – se retournèrent avec un bel esprit de corps contre ce président qu‘ils avaient encensé jusqu’à la veille encore.

Et la question qui revenait sur toutes les lèvres était : « Et maintenant, quoi ? Motion de censure ? Destitution ? Démission de Macron ? »

Point du tout.

Fidèle à lui-même, quand enfin le président, qui s’était terré tout une longue semaine, réapparut, ce fut non seulement pour minimiser une affaire qui avait tout du Watergate mais encore pour se dresser, tel Napoléon au soir de Waterloo capitulant devant l’armée anglaise :

« S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent me chercher, clamait-il à la ronde devant ses partisans. Je réponds au peuple français. »

Et au peuple français lui-même, il répondit, souriant mais agacé : « Arrêtez de vous exciter avec l’affaire Benalla. Il y a eu beaucoup de fadaises de dites. Il arrive que la presse se trompe, il faut donc qu’elle se corrige. Mais tout le monde peut faire des erreurs, y compris moi. Faut-il massacrer tout le monde à la moindre erreur ? Enfin, l’essentiel est d’être là avec vous. On est heureux et tout va bien. Tout ceci n’est qu’une tempête dans un verre d’eau. » Et pour rassurer tout-à-fait le peuple français, il rajouta, soudain très décontracté : «  Non, Benalla n’est pas mon amant. Et il n’a jamais détenu les codes nucléaires. »

«  Ouf ! », se dit-il, « j’ai désamorcé la crise. Mais quel mensis horribilis que ce mois de juillet ! »

 Au demeurant peu intelligent, véritable homme de paille aux mains de ceux qui l’avaient propulsé au pouvoir, Macron ne se rendit même pas compte de l’ineptie de ses déclarations, peu propres en vérité à lui concilier les bonnes grâces du contribuable français. Quant à tous les honnêtes officiers de police dont il venait de bousiller l’honneur et la carrière pour se sortir de ce faux-pas, il est évident qu’il s’en souciait moins que de la petitesse de la piscine du Fort de Brégançon qu’il avait faite construire à nos dépens.

      Laurence Esbuiée – 24 juillet 2018

1Ce qui signifie que ce qui va suivre décrit non des faits avérés mais ce qui a pu éventuellement se produire dans une dimension parallèle à la nôtre.

2JDD «  1 homme, 4 femmes, 46 enfants » 12 juin 2010