La réforme Blanquer

La Réforme Blanquer

La réforme Blanquer est symptomatique du système Macron : on fait passer des réformes sans aucune concertation et surtout sans qu’aucun document écrit n’ait jamais été présenté au public.

 Pour autant, quand j’ai entendu parler de cet énième réforme la première fois, il m’est revenu à l’esprit cette blague sur l’enfer et le paradis :

 C’est l’histoire d’un homme bon qui s’ennuie depuis des siècles au paradis. De guerre lasse, il demande à St Pierre s’il ne peut pas faire un petit tour en enfer, juste pour changer de décor. Là, pendant une semaine, il découvre la fiesta tous les jours, on rit, on chante, on fait bombance… De retour au paradis, il finit par demander à St Pierre la permission de retourner en enfer.

Et là, c’est effectivement l’enfer !

Quand il demande des comptes à Satan, celui-ci lui rétorque : « Eh bien, mon gars, il faut pas confondre visite promotionnelle et réalité sur le terrain ! »

La réforme du lycée doit intervenir dès l’an prochain. Pour autant, nous sommes en décembre et les conditions de mise en œuvre de la réforme paraissent encore floues et mal définies. Le peu qu’on arrive à comprendre donne des sueurs froides : on est loin de l’image présentée du « lycée à la carte », de “l’open bar” ou «  des chances pour tous ». Au contraire, on aura droit à une éducation à tiroirs. Ceux qui seront dans un bon lycée auront des chances ; les autres auront un bac poubelle. Car dans les faits, c’est ce que veut dire « contrôle continu ». Dans certains lycées, ne nous leurrons pas, on achète la paix sociale avec un programme réduit et des notes surévaluées. Et on le peut d’autant mieux que la notation se fait en interne et que le bac n’est plus anonyme !

 Je sais : ce que je dis n’est pas politiquement correct mais c’est la vérité.

,Quels parents prendront le risque de voir leur enfant obtenir un bac au rabais ?

Imaginez la scène :

« Vous avez fait vos études dans quel lycée ? »

« Au lycée …. »

« Ah ! »

On me dira que c’est déjà le cas. Possible, sauf que jusqu’à maintenant, la majeure partie des épreuves se passaient à l’extérieur du lycée d’origine et était anonyme. Mais à présent, les banques de données, jusqu’ici nationales, seront faites localement par les enseignants concernés.

Alors anonyme et équitable, le bac de Blanquer, avec 40 % de contrôle continu ?

Mais l’autre revers de la médaille sera que, pour avoir des notes révélatrices du niveau, les enseignants devront pondre des sujets en permanence et les élèves subiront un contrôle permanent des connaissances qu’ils devront acquérir hors cours puisque les heures offertes ne permettront plus de faire cours normalement.

Là encore – est-ce un hasard ? – les classes privilégiées pourront être à même de compléter l’enseignement officiel par des cours privés.

Comme les maths disparaissent du tronc commun, c’est donc qu’il faudra les prendre comme enseignements de spécialité. Le hic – qu’on se garde bien de clamer – c’est que l’option maths de 1e sera composée de l’enseignement actuel de la section S auxquels s’ajouteront deux chapitres supplémentaires.

Quelle conséquence ?

  Beaucoup d’élèves– découragés – laisseront tomber l’option en Terminale, ce qui aura pour effet de réduire d’autant leurs chances d’avoir une filière post-bac de leur choix. Voire même sera rédhibitoire.

Certaines options seront « mutualisées », terme lénifiant qui signifie dans les faits que tous les lycées n’offriront pas les mêmes options. Donc pour suivre une option telle que cinéma-audiovisuel,  l’élève ne choisira plus un lycée qui offre cette option mais devra dépendre de son lycée de secteur et se déplacer poursuivre ses enseignements optionnels.Au niveau emploi du temps, cela risque vite de devenir ingérable. Là encore, le lieu de résidence sera déterminant dans le choix de carrière de l’élève. A Trifouillis-les-Oies, quels choix d’option auront les élèves, s’il leur faut faire deux heures de route pour suivre l’une des 12 spécialités offertes officiellement par le ministre sachant que chaque lycée offrira en moyenne 7 spécialités ? Mais que l’on se rassure, officiellement, « l’élève doit avoir accès à toute spécialité classique dans un périmètre raisonnable. »

Question : en contexte, ça veut dire quoi « classique » et « périmètre raisonnable » ??

 L’ironie, c’est qu’avec la suppression des 25 000 postes programmée dans l’Éducation Nationale durant  le quinquennat de Macron, les filières technologiques et professionnelles risquent de disparaître donc il y aura moins de choix que celui qui est offert actuellement alors même que Blanquer insiste sur la « liberté » du choix des élèves et de leurs familles.

 Oui vraiment, il ne faut pas confondre publicité gouvernementale avec réalité sur le terrain. Pourtant, quiconque a écouté Blanquer hier après les 13 minutes de l’intervention jupitérienne, on aurait pu croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes  possibles.

Les lycéens dans la rue ? une influence néfaste des gilets jaunes.

Le manque de concertation ? pas du tout, 40 000  élèves du CVL ont  apporté leur contribution à la réforme. Et la réforme faisait consensus dès le mois de février.

Grosse blague ! la réforme n’était connue de personne au mois de février dernier, ce n’est que tout dernièrement que l’on a commencé à y voir plus clair. Quant aux 40 000 élèves consultés, le ministre veut sans doute faire référence au rapport Mathiot…. qui ne fut jamais approuvé par personne.

Mais voilà comment Macron et consorts envisagent la démocratie : un pouvoir absolu et de la poudre de perlimpinpin !


Laurence Esbuiée©11 décembre2018