La réforme Blanquer

La réforme Blanquer est symptomatique du système Macron : on fait passer des réformes sans aucune concertation et surtout sans qu’aucun document écrit n’ait jamais été présenté au public. Mieux, il est pratiquement interdit aux professeurs d’en parler !

https://aix.snes.edu/censure-a-l-education-nationale.html

La réforme du lycée doit intervenir dès l’an prochain. Pour autant, nous sommes en avril et les conditions de mise en œuvre de la réforme paraissent encore floues et mal définies. Le peu qu’on arrive à comprendre donne des sueurs froides : on est loin de l’image présentée du « lycée à la carte », de “l’open bar” ou «  des chances pour tous ».

Les élèves de première ne pourront choisir que 3 spécialités en 1e pour n’en garder que 2 en terminale, ce qui veut dire que dès le début de l’année, un cours sur 3 sera traité par les élèves peu concernés avec légèreté et dilettantisme.

Les maths deviennent théoriquement une option comme une autre, sauf que tous les élèves — et on les comprend — tiennent à garder les mathématiques qui sont un gage de réussite pour leur parcours post-bac dans la filière de leur choix. Donc la disparition de la filière S est tout simplement du politiquement correct, sans rapport avec la réalité sur le terrain.

Comme les maths disparaissent du tronc commun, c’est donc qu’il faudra les prendre comme enseignements de spécialité. Le hic – qu’on se garde bien de clamer – c’est que l’option maths de 1e sera composée de l’enseignement actuel de la section S auxquels s’ajouteront deux chapitres supplémentaires.

Quelle conséquence ?

  Beaucoup d’élèves– découragés – laisseront tomber l’option en terminale, ce qui aura pour effet de réduire d’autant leurs chances d’avoir une filière post-bac de leur choix. Voire même sera rédhibitoire.

Certaines options seront « mutualisées », terme lénifiant qui signifie dans les faits que tous les lycées n’offriront pas les mêmes options. Donc pour suivre une option telle que cinéma-audiovisuel,  l’élève ne choisira plus un lycée qui offre cette option mais devra dépendre de son lycée de secteur et se déplacer poursuivre ses enseignements optionnels.Au niveau emploi du temps, cela risque vite de devenir ingérable. Là encore, le lieu de résidence sera déterminant dans le choix de carrière de l’élève. A Trifouillis-les-Oies, quels choix d’option auront les élèves, s’il leur faut faire deux heures de route pour suivre l’une des 12 spécialités offertes officiellement par le ministre sachant que chaque lycée offrira en moyenne 7 spécialités ? Mais que l’on se rassure, officiellement, « l’élève doit avoir accès à toute spécialité classique dans un périmètre raisonnable. »

Question : en contexte, ça veut dire quoi « classique » et « périmètre raisonnable » ??

 L’ironie, c’est qu’avec la suppression des 25 000 postes programmée dans l’Éducation Nationale durant  le quinquennat de Macron, les filières technologiques et professionnelles risquent de disparaître donc il y aura moins de choix que celui qui est offert actuellement alors même que Blanquer insiste sur la « liberté » du choix des élèves et de leurs familles.

En histoire-géographie, ce qui se profile, c’est le retour des QCM ! Finies vraisemblablement l’étude de documents et la rédaction.

En langues, on finit en beauté : des épreuves, jusqu’à 3 en première, de type bac devront être organisées en interne par les enseignants. Ce qui veut dire dans les faits que dès le mois de décembre ou janvier, les élèves seront pratiquement non-stop en train de se préparer pour un examen de compréhension ou d’expression orale. Et quand étudieront-ils la langue ? Grand mystère, car avec sur les 2 heures de pratique théoriquement par semaine et par langue, une partie servira dans les faits à l’évaluation. Quand on pense que les inspecteurs ne cessaient de rabâcher il y a encore quelques années qu’il ne fallait pas confondre “évaluation formative ” et “évaluation sommative”, c’est à mourir de rire. Aujourd’hui, on préfère parler “d’école inversée”. En gros, les élèves apprennent chez eux, se débrouillent non seulement pour faire le cours mais pour l’apprendre et ensuite viennent en classe seulement pour être évalués. L’enseignant devient un évaluateur-correcteur.

Les parents apprécieront.

Là encore, “l’école de la confiance” de Blanquer est de l’arnaque. Il est évident que pour les parents aisés, la situation sera nettement moins dramatique que pour les enfants de milieux défavorisés. Les autres parents, les plus aisés, mettront leurs enfants dans des écoles privées et leur donneront des cours particuliers.

On me dira que c’est déjà le cas. Possible, sauf que jusqu’à maintenant, la majeure partie des épreuves du baccalauréat se passaient à l’extérieur du lycée d’origine et était anonyme. Mais à présent, les banques de données, jusqu’ici nationales, seront faites en interne par les enseignants concernés.

 Ceux qui seront dans un bon lycée auront des chances ; les autres auront un bac poubelle. Car dans les faits, ne nous leurrons pas, les notes seront données en fonction du niveau de départ des élèves et non l’inverse. Pour être plus clairs encore : si vous avez affaire à de bons élèves, vous aurez des évaluations d’un bon niveau. Pour des élèves faibles, déscolarisés, on fera des évaluations au rabais. Comme ça, au final, tout le monde aura de bonnes notes…. mais le bac de Blanquer sera comme le franc autrefois : un franc français n’avait pas la même valeur qu’un franc suisse.

Alors anonyme et équitable, le bac de Blanquer, avec 40 % de contrôle continu ?

 Oui vraiment, il ne faut pas confondre publicité gouvernementale avec réalité sur le terrain. Pourtant, quiconque a écouté Blanquer le 10 décembre 2018 après les 13 minutes de l’intervention jupitérienne, aurait pu croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes  possibles.

Les lycéens dans la rue ? une influence néfaste des gilets jaunes.

Le manque de concertation ? pas du tout, 40 000  élèves du CVL ont  apporté leur contribution à la réforme. Et la réforme faisait consensus dès le mois de février.

Grosse blague ! la réforme n’était connue de personne au mois de février 2018, ce n’est que tout dernièrement que l’on a commencé à y voir plus clair. Et fin avril 2019, bien des enseignants n’avaient toujours pas eu de réunions concernant la réforme. Quant aux 40 000 élèves consultés, le ministre veut sans doute faire référence au rapport Mathiot…. qui ne fut jamais approuvé par personne.

Mais voilà comment Macron et consorts envisagent la démocratie : un pouvoir absolu et de la poudre de perlimpinpin !

 

Laurence Esbuiée© avril 2019

Pour s’informer sur les options en 2nde :

http://www.horizons2021.fr/

https://actionetdemocratie.com/wp-content/uploads/2019/04/AD_Doc4pages_04-2019_vers3_web-1.pdf?x38254