L’affaire Epstein : “Circulez, y a rien à voir.”

L’affaire Epstein ne laisse pas d’interroger.

questions sur l’affaire

Que de questions qui restent sans réponse et qui ont de fortes chances de n’en recevoir aucune !

Mais je veux faire une légère digression.

Au moment où Epstein était incarcéré de nuit en 2009 pour pédocriminalité, le cardinal Hummes reconnaissait de son côté que le nombre de pédophiles dans l’Église catholique pouvait être estimé à 4 % des effectifs. Or le pourcentage de pédophiles dans le monde d’après l’association Colosse aux Pieds d’Argile serait de l’ordre de 1 %, chiffre aussi avancé par Michael Soto, psychologue clinique et de médecine légale au Royal Ottawa Healthcare Group. Si l’on se fie aux chiffres évoqués, on voit bien que les pédophiles seraient 4 fois plus nombreux dans l’Église catholique qu’ailleurs…

Mais quel rapport avec Epstein, direz-vous ?

Un jour, un prêtre pédophile à qui on demandait pourquoi, lui, un ecclésiastique, un homme qui avait voué sa vie à Dieu, avait pu se laisser aller à des penchants aussi pervers, répondit : « Vous n’avez pas compris. Je ne suis pas un prêtre qui serait devenu pédophile ; je suis un pédophile que la soutane rendait invisible. »

Pour en revenir à l’affaire Epstein et le nombre de personnes impliquées qui toutes gravitent aux plus hauts échelons de la société, ma question personnelle est celle-ci : y aurait-il également 4 % de pédocriminels au sein de la classe politique et artistique ? Ou plus encore ?

Cette question peut paraître scandaleuse mais il importe qu’elle soit posée. Après tout, à ne regarder qu’en France, au niveau de l’honnêteté pure au sein de la classe politique – sans même parler de mœurs déviantes – on ne peut que constater qu’à ce jour, presque AUCUN politique n’est exempt de corruption. On en a tous les jours la preuve. Et le pire, c’est qu’ils ne sont même pas conscients de la gravité de leurs actes. Les diverses interventions de Rugy ( pour ne citer que lui ) le démontrent amplement.

Les nombreux exemples prouvent s’il en était besoin qu’on se dirige naturellement vers la politique 7 fois sur 10 parce qu’on peut y acquérir très vite un pouvoir illimité, incontesté qui vous rend intouchable et des biens pharamineux en un minimum de temps.

Tous comme les pédophiles ont pu être attirés par la voie ecclésiastique qui leur offrait des enfants sur un plateau et une immunité à toute épreuve, les hommes et femmes qui recherchent la puissance et qui sont corruptibles vont tout naturellement se tourner vers la politique.

Mais être corrompu ne veut pas dire être pédophile. Alors si la majorité de nos élus et de ceux qui gravitent dans la sphère du pouvoir sont corrompus, peut-on estimer à 4 % le nombre d’entre eux qui seraient aussi pédophiles ? Ou seulement à 1 % comme le reste de la population mondiale ?

Bien sûr, personne ne peut répondre à cette question. Mais ce qui est sûr, c’est que les pédophiles sont protégés au plus haut niveau des états.

Le procureur du district de Floride de l’époque, un certain Alexander Acosta qui devint par la suite ministre du Travail de Donald Trump, avait négocié un accord permettant à Epstein d’éviter vingt ans de prison et avait mis fin à l’enquête du FBI à l’insu même des victimes sans autre forme de procès en 2009.

William Barr, qui mène l’enquête sur Epstein en tant que procureur, a beau clamer que tous les complices d’Epstein seront amenés devant la justice, il n’en reste pas moins que le cabinet Kirkland & Ellis LLPavant qui a aidé Epstein à s’en sortir en 2009 ne lui est pas inconnu : il y travaillait comme avocat-conseil à l’époque.

Ghislaine Maxwell, maquerelle de son état, est laissée libre à ce jour de continuer sa vie de débauche et de violer des mineures en toute impunité. La question est pourquoi ? Détiendrait-elle des preuves tangibles ( vidéos, enregistrements, ADN) de centaines de puissants qu’elle fait chanter ?

Jean-Luc Brunel, citoyen français, bien qu’impliqué et accusé par Virginia Roberts Giuffre, une victime présumée d’Epstein, d’avoir « livré des dizaines de jeunes filles » mineures à celui-ci est laissé libre de ses mouvements.

La politique de Trump accentue le phénomène de ces enfants martyrs. La détention des enfants de migrants, éloignés de leurs parents, et mis dans des cages dans des conditions horribles sans savon ni dentifrice et obligés de dormir à même le sol la lumière allumée, n’en font pas que des traumatisés pour la vie. Six d’entre eux au moins en sont morts et 1 500 enfants ont disparu sans qu’aucune enquête sérieuse ne soit menée en 2018.

« 1 500 enfants disparus » ??

Oui mais ….Le gouvernement Trump affirme le contraire. C’est très simple : les enfants sans adultes accompagnateurs ont été placés dans des familles d’accueil qui auraient juste « omis » de donner leurs véritables adresses parce que ces « tuteurs » seraient…. des immigrés clandestins eux-mêmes. Alors ils se cachent. Mais les enfants ne sont pas perdus, juste introuvables.

Pas de panique, nous dit-on. En 2016, plus de 4 000 enfants restaient introuvables. « Il n’y a aucune raison de croire que quelque chose ait pu arriver aux enfants. » dit M. Wagner qui travaille pour le Département de la Santé et Services Sociaux des USA,

À ce niveau-là, c’est plus que de l’optimisme ; cela tient de la folie douce…. Ou de la complicité.

Enfin le prince Andrew a réagi, lui. Mais il aurait mieux valu  pour lui qu’il se taise.

lettre Prince Andrew

En France, il n’a pas fallu moins de cinquante jours ( du 6 juillet date de l’arrestation d’Epstein au 24 août) pour qu’enfin la justice française ouvre une enquête sur l’esclavage sexuel que Epstein aurait fait subir à au moins 3 jeunes filles « importées » de Paris.

Pourquoi ce délai ?

D’ailleurs, si « l’enquête » se révèle du même acabit que celles sur Benalla, les violences policières, les mutilations par flash-ball ou l’incendie de Notre-Dame, elle n’aura d’enquête que le nom. On connaît d’avance la conclusion : circulez, y a rien à voir.

L’affaire Epstein n’est pas la première du genre. Mais elle semble avoir réveillé les consciences sur ce qui est, à savoir une pédophilie rampante chez certains hommes de pouvoir qui tous échappent à la rigueur d’une justice qui épingle un Nordhal Lelandais mais pas le VIP.

réseaux pédophiles

En mai 2012, Emmanuel Verdin, dont la fille de 4 ans a été « vendue » par la mère comme esclave sexuelle porte plainte contre François Hollande, Jack Lang et Pierre Moscovici pour viol en réunion sur enfant de moins de 15 ans. La plainte fut jugée à l’époque recevable par le Parquet.

Que s’est-il passé ?

Hollande est devenu président de la République, Jack Lang a continué la carrière qu’on lui connaît et Moscovici devrait prendre la tête de la Cour des Comptes.

Mais qu’est-il advenu d’Emmanuel Verdin et de son combat 7 ans plus tard ? On l’ignore. Il n’y a plus aucune trace de cette histoire.

Quand Marlène Schiappa évoque l’âge de la maturité sexuelle, elle ne fait pas autre chose que considérer la pédocriminalité comme acceptable à la puberté.  « L’âge est un sujet sur lequel nous sommes en train de débattre. Il y a différentes recommandations. Le Haut Conseil à l’Égalité parle de 13 ans. Des parlementaires et des experts parlent plutôt de 15 ans. Il faut que l’on regarde l’âge médian européen, l’âge de la maturité affective. Mais ça se jouerait a priori entre 13 et 15 ans. »

Essayait-elle aussi de dédouaner Brigitte Trogneux ? Après tout, la doxa officielle a réussi à transformer un sordide détournement de mineur par personne ayant autorité  en une belle histoire d’amour.

Mais on aurait tort de croire le phénomène nouveau. Dans leur livre “Dossier Pédophilie – Le scandale de l’affaire Dutroux”, Jean Nicolas et Frédéric Lavachery précisent :

“De fait, on verra plus tard les témoins X citer à plusieurs reprises des personnages installés au sommet des organisations internationales, ayant pour objet de définir les stratégies économique, financière, politique et militaire du monde, très sensibles aux thèses et idées des Américains. Le groupe de Bilderberg, la Commission trilatérale, le forum économique de Davos et même l’OTAN ont eu, ou ont encore en leur sein, des individus présentés dans les récits recueillis à Neufchâteau comme étant des tortionnaires d’enfants.”

Peut-on être plus clair ?

Question : et maintenant, que fait-on ? Continuerons-nous donc à faire semblant de ne pas savoir, de n’avoir rien vu à condamner comme le dit aujourd’hui le Prince Andrew ?

Ou bien, nous les gueux, les sans-dents, les gens « qui ne sont rien », les Ilotes, arriverons-nous à secouer le joug des Morlocks et à ENFIN les rendre justiciables ?

Autre question : si 4 % ( voire plus ) des puissants de ce monde sont des pédocriminels qui ne reculent pas devant la torture d’un enfant, comment se fait-il que les 96 % restants choisissent de se taire et cautionner ? Sont-ils soumis à la loi du silence au sein de confréries, à l’instar de la mafia ? Ou bien ont-ils été « choisis » comme le clame Trump, l’autoproclamé « The Chosen One » pour officiellement conduire les affaires du monde justement parce qu’ils étaient corruptibles, voire même totalement amoraux ? Et si oui, par qui ?

Bien sûr, dira-t-on, ENCORE la théorie du complot !

Mais il n’importe. L’affaire Epstein bientôt sera tombé dans l’oubli. Comme le sont déjà ses victimes. Alors théorie du complot ou non, quelle importance au final ?

Laurence Esbuiée © 28 août 2019