L’affaire Mila : le Roi est nu

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dans son article 11 stipule : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »

Jeune lycéenne de 16 ans, Mila était sur Instagram. Ce jour-là, elle a été draguée lourdement par un jeune homme ; au début, elle a décliné son offre poliment, elle n’était pas intéressée. Le jeune homme n’a pas supporté d’être rejeté, il l’a donc insultée et menacée. La conversation virtuelle s’est envenimée. Mila a dit à quel point l’islam lui était insupportable. Elle a eu des mots que certains qualifièrent de vulgaires ou d’outranciers.

Ma foi, si l’on songe que le président Macron, pour la fête de la musique, avait en son palais invité une troupe qui dansait en chantant :  “Ne t’assieds pas, salope”, “Suce ma bite et lèche mes boules”, “Danse, enculé de ta mère” et qu’il s’est fait ensuite prendre en photo avec un jeune qui fait un doigt d’honneur en sa direction, je ne vois absolument pas ce que « Votre religion[ l’Islam], c’est de la merde. Votre Dieu [Allah] je lui mets un doigt dans le trou du cul. Merci, au revoir » peut avoir de si outrageant.

Macron, qui a plus de deux fois son âge et une position hiérarchique bien plus en vue, avait – me semble-t-il – donné le ton et ouvert la voie de l’outrance verbale et de la joute de la vulgarité dès le début de son quinquennat.

Las, depuis le samedi 19 janvier, des appels au lynchage, menaces de mort et injures ultra-violentes qui se comptent par dizaines de milliers sur Twitter, Instagram et Snapchat se sont propagées à tel point que non seulement son nom et son adresse ont filtré mais qu’elle a dû être exfiltrée de son lycée et de son appartement. Elle a reçu des milliers de messages du type “On va te retrouver et t’égorger sale chienne“, “va mourir sale pute lesbienne“, “sale française“, ‘’ Écoute moi bien grosse pute si je te croise dans la rue je vais te faire sortir tous tes organes par le trou du cul, c’est bon ?? »

Bien vite, l’affaire a pris une ampleur à laquelle je ne m’attendais pas. J’ai visionné la vidéo dès qu’elle a filtré sur Twitter et naïvement, je me suis dit que c’était beaucoup de bruit pour rien. Mais je crois que comme beaucoup de mes compatriotes, je n’avais pas réalisé à quel point l’islam était devenu, non seulement une religion d’état, mais une loi à part entière. Peut-être que la charia n’est pas encore officielle, mais elle va de pair avec la dictature que Macron petit à petit met en place.

Ainsi il est possible de dire, comme l’a fait à répétition Hafsa Askar, vice-présidente de l’UNEF, « Tu veux me parler de crimes, vas-y, tuons tout les blancs » « On devrait gazer tout les blancs, cette sous-race. » (fautes d’orthographe incluses)

Que lui est-il arrivé ? Elle n’a pas dû se terrer, fuir de chez elle, persécutée par des milliers d’anonymes. Personne ne l’a menacée de viol collectif ou de mort. Elle a même eu une promotion ; elle vient d’être nommée à la tête du syndicat d’extrême-gauche FSE.

Quand Nick Conrad sort un clip avec pour slogan « Pendez les blancs», il est condamné à verser 5 000 euros d’amende avec sursis pour provocation au crime.

Avec sursis ! On comprend mieux qu’il ait réitéré l’exploit !

Alors pourquoi un tel déferlement de haine envers la jeune Mila ? Pourquoi est-il mille fois plus condamnable en France de dire « Allah je lui mets un doigt dans le trou du cul» que de dire « Tuons les blancs » « Pendez les blancs »  alors qu’Allah est un concept et les blancs des personnes vivantes ? Tuer les kouffars blancs, c’est OK. Appeler à les tuer, c’est OK. Critiquer l’islam ne l’est pas.

Le site Bellica a été le premier à relayer l’affaire au grand jour. Puis ce fut le cas de Valeurs Actuelles. Et puis ce fut le grand silence.

Le vide intersidéral. Le néant réactionnel. Où était Caroline de Haas qui fit partie de la marche contre l’islamophobie le 10 novembre dernier en clamant à quel point elle avait peur pour ces pauvres femmes musulmanes? Où étaient Mélenchon, Manon Aubry, Clémentine Autain, Esther Benbassa et Ruffin qui signèrent la pétition contre la supposée islamophobie en France ou marchèrent dans les rues de Paris aux cris de « Allahu Akbar » ?

Disparus ? Non, toujours là. Mais pas pour Mila.

Où étaient les associations des Droits de l’Homme, SOS Racisme, le MRAP, Amnesty International ? Disparues ? Non, toujours là. Mais pas pour Mila.

Quand enfin quelques voix se firent entendre, ce fut souvent pour condamner…. l’extrême-droite d’avoir récupéré l’affaire Mila. Un peu comme s’il s’agissait pour la jeune fille d’une double peine : « Vous voyez bien qu’elle est coupable puisque seule l’extrême-droite la défend ! »

Abdallah Zekri, le délégué général du Conseil français du Culte musulman tranquillement asséna : « Qui sème le vent récolte la tempête », « Elle l’a cherché, elle assume ».

Cinq ans ! Cinq ans seulement séparent la caricature de Mahomet dans le journal de Charlie Hebdo et la réaction modérée quoique exaspérée de Zekri : «Ça va mettre de l’huile sur le feu. Je ne veux pas être désobligeant avec ces journalistes mais ils continuent la provocation. » et aujourd’hui le  « Elle l’a cherché, elle assume », cautionnant par là tranquillement une possible exécution chariatique de la jeune fille.

Mais les voix non musulmanes ne firent guère mieux. Ségolène Royal se fendit d’un tweet : « Il y a une liberté de critiquer les religions mais cela n’empêche pas d’avoir du respect… Non je ne suis pas Mila. »

Quand l’humoriste Frédéric Fromet déclamait quelques jours plus tôt sur France-Inter : « Jésus est pédé. Y’a pas que l’hostie qu’il faut sucer… », Ségolène Royal est-elle montée au créneau pour parler du respect de la religion ? Non. Et Fromet n’a pourtant jamais vu sa vie menacée.

C’est sans surprise qu’on apprit que Hanouna n’était pas pour Mila non plus. On ne se souvenait que trop qu’il avait publiquement félicité et soutenu Booba lequel avait menacé Zineb El Rhazoui, l’ancienne journaliste de Charlie Hebdo.

Mais les journaux de gauche ? Le Monde, Télérama, Les Inrocks, Mediapart, Libération ? Disparus ? Non, toujours là. Mais pas pour Mila.

Les associations féministes et LGBT ? Pas vraiment là pour Mila. « SOS Homophobie » soutient Mila mais associe l’anathème de l’islam à de la haine raciale, « Osez le féminisme » est aux abonnés absents. Certains LGBT ont même ordonné à Mila de retirer le drapeau arc-en-ciel de son profil Instagram. « Ni Putes ni Soumises » admet que rien ne vient justifier les menaces de mort mais condamne l’insulte.

C’est sûr qu’après de tels soutiens on comprend mieux que dix jours après les faits, aucun lycée en France n’ait accepté de recevoir Mila qui est toujours déscolarisée. Seule note positive, Mila n’est finalement pas poursuivie pour « haine raciale ».

Odon Vallet le 30 janvier remporte pourtant la palme de la lâcheté et du fayotage. Il s’inquiète : «Je vous annonce aujourd’hui que si on continue à injurier l’Islam, on aura prochainement des attentats contre des Français en France ou dans des pays d’Afrique. » En d’autres termes, surtout fermez-la et peut-être que vous échapperez au pire !

La grosse blague ! La France compte 150 territoires tenus par les islamistes, d’après un document classé secret-défense de la DGSI, relayé par le JDD.

Le mois prochain, il y a les élections municipales.

Quel rapport avec Mila ?

Eh bien, l’empereur du conte d’Andersen a fait peau neuve. Il s’est fait faire de nouveaux habits avec cette étoffe nouvelle en provenance du Qatar ou d’Arabie Saoudite, si fine que personne n’a voulu la voir. Mais gageons qu’il n’y a pas de bleu-blanc-rouge là-dedans.

Combien de communes vont tomber aux mains des musulmans ? L’ancien maire de Sarcelles, François Pupponi, alerte sur le fait que certains partis de gauche ont collaboré avec l’islam radical dans les quartiers pour s’implanter. Sauf que les réseaux islamistes n’ont plus aujourd’hui besoin des partis traditionnels pour se faire élire. Et il ajoute que Goussainville ou Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise) pourraient devenir les premières villes islamistes de France.

Mila, c’est l’enfant du conte qui naïvement s’écria « Mais le roi est nu. Le roi est nu. Nos valeurs ont disparu. »

Et tout le monde – ou presque – s’est tu. La vérité n’est jamais bonne à dire. Surtout quand elle est crue.

Laurence Esbuiée© 02/02/2020