Langues Étrangères au bac à la sauce Blanquer.

Pour bien comprendre les réformes qui se suivent, se poursuivent et sont entérinées sans concertation malgré les grèves répétées à la fois des enseignants et des élèves, il faut retenir que ce gouvernement – comme les précédents – est pro-mondialisation et ultra-libéral. Blanquer est membre de l’Institut Montaigne, proche du CAC 40 qui régit le monde en-dehors des lois, ou plus exactement qui FAIT LA LOI. Leur but premier est de casser le service public. Il faut rendre l’usager dépendant d’un service qui deviendra payant pour être de qualité. Le service gratuit de moindre qualité sera réservé à Jojo le Gilet Jaune et ses enfants.

Qui dit mondialisation dit éradication de la culture nationale, de l’histoire des nations. Macron Jupiter qui n’a aucun filtre quand il s’agit d’énoncer des vérités désagréables ( pour autrui, cela va de soi) n’a eu de cesse de le répéter :  «Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse» (février 2017) ; Il se fait l’ardent défenseur  « d’une vision plurilinguiste de la défense du français »  et parle en termes abscons dans un franglais qui devrait être pitoyable mais qui devient la norme : « En termes de privacy et autres, moyennement contrôlés, il faut processer des choses, avec les fournisseurs de commodities car le marché est disrupté, des start-up aux scale-up, des single digital markets, et si on veut avoir des take for good, il faut des hubs et changer de business model. »2

 Il faut donner un enseignement minimum avec un minimum de réflexion. C’est ainsi que l’on arrive au « e-book » et « e-learning » à savoir les manuels numériques sur tablettes qui ne sont pas seulement conseillées, elles sont imposées ! L’enfant sera donc en permanence sur son écran, quelle chance ! Et c’est une manne pour les éditeurs, pas pour les contribuables. En effet, un manuel numérique coûte 6 € à l’année, 14,20 € pour une licence de 5 ans alors que la version papier fait 23 €. Donc à terme, on va payer tous les 5 ans pour un manuel qu’on ne changeait au mieux qu’une fois tous les  sept ou huit ans. Et ceci, bien sûr c’est sans compter l’achat de la tablette !

Casser le service public pour favoriser le privé, oui. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi diminuer le nombre de fonctionnaires, ici de profs, trop nombreux, trop coûteux par une baisse constante d’heures de cours et inciter par les programmes à la classe inversée, géniale trouvaille qui fait que c’est à l’élève de faire le cours !! L’enseignant ne sera plus qu’une sorte de correcteur – modérateur. Dans la nouvelle version Blanquer en langues, on trouve même un élève médiateur à qui on demande de reformuler et d’expliquer le cours aux élèves les plus faibles. On se demande à quoi sont payés les profs. Réponse : bientôt avec l’enseignement à distance, il n’y en aura plus.

Alors concrètement, les nouveaux programmes des langues étrangères, ça donne quoi ?

Petit rappel pour bien comprendre ce qui suit.

réforme 2013

AVEC BLANQUER….

Que remarque-t-on ?

Les nouveaux programmes offrent 8 axes dès la seconde dont 6 sont obligatoires au lieu des 4 notions.

Sur le coup on se dit : Et alors ?

Oui, sauf que… 36 semaines de cours = 4 h à 6 h par axe selon le niveau au lycée. On n’a plus le temps d’approfondir. L’aspect culturel est complètement laissé de côté, tout ce qui est étudié est interchangeable quelle que soit la langue : on est dans l’hyper-mondialisation où tous les aspects de la culture nationale ont été gommés.

4 h  sur un axe : en 1e , ça veut dire 2 semaines.

Ce n’est pas un hasard si les axes sont uniquement centrés sur le monde d’aujourd’hui. Voici les axes de seconde :

    1. Le vivre ensemble : entre générations ( le fossé des générations  )
    2. Le vivre ensemble : soi et les autres ( mode / selfies / mariages mixtes )
    3. Le vivre ensemble : le passé DANS le présent ( la double culture, le carnaval caribéen de Notting Hill )
    4. Le vivre ensemble : villes, villages, communautés ethniques
    5. Le vivre ensemble : les arts et création, comme le street art
    6. Le vivre ensemble : les sports, les athlètes
    7. Le vivre ensemble dans le futur : Sauver la planète : l’engagement des jeunes
    8. Le vivre ensemble dans le travail / dans la vie courante : l’orientation des jeunes, les boulots de rêve, journaux vs fake news

NB : La glose « le vivre ensemble » n’apparaît pas officiellement dans le programme Blanquer mais est sous-entendue.

On l’aura compris LES JEUNES forment la trame du nouveau programme : leur look, leurs selfies, leurs actions en faveur du climat, les transgenres, la ré-écriture des classiques en art…. Certains manuels vont plus loin où le multiculturalisme en Grande-Bretagne incite à envisager la charia comme modèle social. Mais d’histoire et de civilisation, point. La ségrégation aux USA, l’apartheid en Afrique du Sud, la culture aborigène d’Australie, la colonisation européenne de l’Amérique… c’est terminé ! On fait du saupoudrage.

L’accent est mis sur l’oral. L’écrit disparaît presque complètement par faute de temps, même si le ministre insiste sur la valeur de l’apprentissage de la grammaire oubliée depuis des lustres…. A quel moment faudra-t-il « faire un focus grammatical » ?

Pas d’inquiétude, des stages sont prévus à la rentrée pour apprendre aux profs « quand remettre la grammaire au service du document sans faire de cours formels ». Le langage officiel précise : « Il faut articuler l’oral et l’écrit. Ce qui ne veut pas dire négliger l’écrit, juste qu’on fait les choses autrement !  C’est pour les élèves une démarche qui a un sens. Il faut adopter un rythme plus rapide. Le désir d’expansivité des profs est mal adapté. Il faut replacer le curseur sur le parcours de l’élève sans l’encombrer de tâches finales. Le Grand Oral donnera aux classes sociales défavorisées la possibilité de s’exprimer mieux. » ( dixit les IPR ) 3

Il ne faut pas s’inquiéter : les élèves de 1e peuvent choisir parmi les « triplettes » proposées en option, celle de spécialité LLCE (littérature étrangère) qu’ils pourront tout aussi bien laisser tomber en terminale. Problèmes : les 2 oeuvres obligatoires ne seront pas évaluées en fin de première pour ceux qui choisiront de laisser tomber ( donc pourquoi lire les livres ?? ) et il va falloir que les profs fassent du lobbying s’ils veulent avoir des élèves en spécialité en terminale. Moralité : il faudra être accommodant et mettre des notes plaisantes sinon….

Le contrôle continu pour le bloc obligatoire de langues sera basé sur des épreuves communes faites au 2e et 3e trimestre. Mais pas d’inquiétude : il y aura une banque de données nationale. ( Ce qui fait beaucoup d’inquiétudes à ne pas avoir, quand on sait que lors de la précédente réforme, les banques de données ont disparu au bout de deux ans ! )

Il n’y avait que 2 épreuves en terminale ; avec la nouvelle réforme, les élèves de première et terminale seront en examen quasiment en permanence dès le début du 2e trimestre, avant les vacances de février.

Les LV1 et LV2 disparaissent au profit de la LVA et LVB. Là encore, on se demande : et alors ?

Si les langues sont indifférenciées et ont le même coefficient au bac, pourquoi ne pas mettre anglais langue vivante 1 avec la langue vivante 2 ? Les profs n’auront qu’à adopter des barèmes différents…. La beauté de la chose, c’est que ça réduit encore le nombre de classes, donc le nombre de profs !

Pour ce qui est des filières technologiques, elles perdent aussi des heures. Il n’y aura plus QU’UNE SEULE HEURE DE COURS D’ANGLAIS. La 2e heure sera faite en concertation avec un professeur de mercatique ou gestion. Ce qui risque d’être difficile, vu que tous les professeurs de la section ne parlent pas anglais et qu’il n’y a à ce jour aucun programme officiel. Les manuels ne mentionnent pas non plus la filière technologique !

Pour résumer : Grâce à Blanquer, les 36 semaines de cours sont vraiment réduites comme peau de chagrin et deviennent même accessoires après le mois de mars, vu que les épreuves qui comptent pour le bac seront passées. Pas d’inquiétude, il y a la remédiation numérique : smartphone, MP3, baladeur et pourquoi pas Facebook pour compenser des cours qui ne seront plus offerts par l’Éducation Nationale.

 

Laurence Esbuiée© 9 juin 2019

1OCDE 1996 www. Ocde.org/ dev/ publication/cahiers/ CAHIER13

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  1. 3Réunion des enseignants avec les IPR de langues du 24 mai 2019