L’arnaque des E3C

La 1e épreuve des E3C n’a même pas débuté que déjà elle donne la migraine.

Notamment en langues. Mais je suis sans doute partiale.

Si la rentrée s’est passée mieux que prévu, c’est que le pire est à venir. En effet, dans moins d’un mois commence la 1e épreuve de E3C de 1e, suivie dans la foulée du Bac Blanc de terminale, puis de l’épreuve de compréhension orale de langues en terminale, puis de la 2e épreuve de E3C en 1e, puis de l’épreuve d’expression orale de terminale, puis de l’épreuve de spécialité de 1e.

En clair, à partir de février, les divers examens s’enchaînent non-stop au détriment des cours.

Et en juillet, bien sûr, débutent toutes les épreuves « habituelles » du baccalauréat.

Toutes ces épreuves – n’en doutons pas – sont un casse-tête chinois à organiser. Il faut bien comprendre que contrairement au bac 2019 qui avait majoritairement lieu en-dehors des cours, les épreuves de E3C sont programmées durant l’année et les cours sont censés continuer comme si de rien n’était, ce qui signifie de facto un double emploi du temps pour les profs notamment. En effet, s’ils surveillent, c’est qu’ils ne sont pas en cours. ( Les corrections se feront la nuit.)

Passons sur le fait que les épreuves doivent être corrigées en plus du travail habituel pour nous pencher sur la question de la logistique : combien de salles équipées de vidéoprojecteurs devront être attribuées aux épreuves ? Où mettre les élèves qui ont cours, sachant que le manque de salles est déjà criant en temps ordinaire ? Qui va scanner toutes les copies ? Combien de temps cela va-t-il prendre ? Qui va se charger de la répartition virtuelle des copies ?

Le 3e hic, ce sont les épreuves elles-mêmes de langues de la banque de données. Certes elles y sont, bien paramétrées (encore que certaines d’entre elles finissent au milieu d’une phrase) et diverses à souhait… sauf que elles sont d’un niveau trop dur pour des élèves de 1e qui n’ont eu que 5 mois pour s’y préparer (certaines sont d’un niveau post-bac) et que d’autre part les épreuves n’ont pas été répertoriées par axes  ! C’est comme une forêt vierge dans laquelle il faudrait répertorier chaque espèce d’arbres.

Ce sont des heures et des heures d’écoute, suivies de classement par axe et par goût personnel. Voilà qui peut prendre une bonne semaine si l’on s’avisait de faire le travail sérieusement. Personnellement, il y en a que je ne me suis même pas donnée la peine d’ouvrir. Le titre déjà me paraissait fastidieux. Une fois ce travail préliminaire accompli, il faut se réunir avec les collègues pour le choix définitif du sujet.

Soyons très clairs, c’est la tendance inverse qui se profile dans certains établissements !

A savoir : on se met d’accord en début d’année pour n’étudier que 2 axes, quelques sujets. Puis on se réunit, on voit quel sujet a été abordé par tous les collègues d’une même langue, et on choisit dans la banque de données un sujet qui correspond précisément à ce qui a été étudié en classe. Il n’y a pas de petits profits.

4e problème : la notation. On nous a bel et bien donné une grille de notations…. Mais qui ne sera suivie par personne. Il n’est pas de notre intérêt de saquer les élèves pour une épreuve à laquelle ils n’ont pas eu le temps de se préparer, surtout en 2 heures de temps par semaine.
D’autre part, la grille de notation officielle est à tomber à la renverse : un élève qui aurait 14 ou 15 sur 20 à l’évaluation E3C en langues se retrouve avec un niveau A2… soit le niveau qu’il est censé obtenir en fin de 3e !

Alors tout le monde aura entre 10 et 20, moyenne générale 15 ou 16. De toute manière, nos notes ne sont pas définitives, c’est le Rectorat qui se «charge de les ajuster». Tant de travail pour une notation qui peut être rectifiée par le Rectorat à notre insu. C’est vraiment écœurant.

Mais la meilleure, c’est ce qui suit : les sujets ont filtré ou ont été piratés et se retrouvent sur Internet. Il suffit d’aller sur Instagram ou YouTube et de taper E3C. D’après le site du SNES les sujets circulent depuis le 10 décembre !

Dernière arnaque : soyons mathématiques. Même si ce n’est pas mon fort. Les E3C valent 30 % du bac soit 20% en Première sur 2 épreuves et 10 % en Terminale.

Les 10 % de l’épreuve de février sont à diviser par 5, soit le nombre d’épreuves à l’examen ( enseignement scientifique, langue A, langue B, EPS et histoire-géographie), ce qui veut dire que chaque épreuve vaut à peu près, quoi, 2 % du Bac ?? Et même moins pour les élèves de la section technologique qui leur rajoute les mathématiques.

Tant d’heures, tant d’efforts, tant de stress pour les élèves et le personnel pour un résultat aussi dérisoire. Une notation qui ne vaut rien et une banque de données directement accessible sur Internet.

Je hais Blanquer.

L. Esbuiée© 9 janvier 2020