Les E3C en langues

Petite réunion à la mi-décembre 2019 des IPR de langues avec les enseignants du secondaire.

Rappel :

Qu’est-ce que les E3C ?

Les E3C signifient : Epreuves communes du contrôle continu. En clair, elles mettent en œuvre la fin d’un bac anonyme et national. (Merci à Blanquer de rendre le bac plus inégalitaire qu’il ne l’était déjà.)

Elles se composent de deux séries d’épreuves qui auront lieu pour la 1e fois en février et mai 2020 pour les élèves de 1e et qui portent sur les enseignements faisant partie du nouveau tronc commun et seront donc non évalués aux épreuves finales : histoire-géographie, enseignement scientifique, langues vivantes, EPS et pour la voie technologique mathématiques.

L’épreuve de l’enseignement de spécialité, pour ceux qui l’abandonnent en fin de 1e, aura lieu en mai.

Les inspecteurs de langue ( = IPR) : « L’enjeu est de conserver l’aspect formatif de l’évaluation qui doit permettre de faire le point sur les connaissances des élèves sur une même capacité langagière. On entraîne les élèves à s’exprimer. Il y a une dimension formative des E3C. Les élèves auront accès à leurs notes et à leurs copies dématérialisées donc le correcteur est prié de bien vouloir mettre un petit conseil pour l’aider dans son travail, qui prouverait que c’est bien là une évaluation formatrice. Il y a donc adéquation entre apprentissage et évaluation.  »

Réflexion personnelle : Je regrette de n’avoir pas enregistré les inspecteurs qui soutenaient exactement le contraire il y a seulement 2 ans! Selon eux, une évaluation formative ne devait pas être notée. Elle devait permettre à l’élève de se mettre en situation d’examen mais sans enjeux. C’était même la différence entre évaluation formative (qui a pour fonction de faire un diagnostic et de remédier aux problèmes rencontrés) et évaluation sommative (qui fait le bilan et permet l’obtention d’un degré de certification).

Grâce à Blanquer, on a droit à une injonction paradoxale de plus : les E3C permettent d’établir une progression mais qui comptera pour 30 % du bac en langues ! ( en plus des 10 % du bulletin!) Question : est-ce que les parents et les élèves vont percevoir les E3C comme un simple diagnostic qui serait formateur, vu que ça compte peu ou prou pour 1/3 du bac, que ça se fait en interne durant des périodes de cours et que ça leur met la pression une année plus tôt que pour le bac 2019?

IPR : « La banque nationale de données (= BNS) est le fruit collectif d’une longue concertation sur la progression évidente des élèves de B1 à B2, voire même, pourquoi pas, C1. Avant que le sujet n’arrive à la BNS, il y a eu plusieurs étapes d’élaboration et de sélection. Le caractère national est présent à travers toutes les étapes. Il n’y a pas d’autonomie des équipes pédagogiques.  La BNS continue de s’alimenter et une fois qu’un sujet a été choisi par concertation de l’équipe pédagogique, il reste dans la BNS. Il n’y a pas de réglementation particulière ; on peut – ou non – choisir un sujet spécial pour la filière technologique. Rien ne précise dans les textes que la filière technologique ou la LV2 doivent avoir des sujets spéciaux. Mais c’est possible. Les copies seront corrigées sous couvert d’anonymat et il y aura une commission d’harmonisation pour éradiquer les écarts de notes. »

Réflexions personnelles :

  • En septembre on nous annonçait que les copies seraient corrigées par des examinateurs d’autres lycées ( nous ne devions pas corriger nos propres élèves). En décembre, on nous annonce que vu que les copies seront dématérialisées, nous n’avons pas à craindre que nos élèves ne reconnaissent nos écritures et ne nous mènent la vie infernale ensuite. Il va sans dire qu’il s’ensuit que nous allons surnoter nos élèves. Pourquoi ? Parce que tout le monde va le faire. Pour une raison toute simple, de trop mauvaises notes refléteraient un niveau d’enseignement médiocre de la part de l’enseignant, ou plus grave encore, d’une situation sociale au sein d’un établissement catastrophique. Il faut préciser que les élèves E3C de 2020 n’auront eu que QUATRE mois pour se préparer à l’épreuve !
  • La commission d’harmonisation chargée de « corriger l’écart des notes » en fait sera chargée d’annuler les trop mauvaises notes (si toutefois il y en avait). L’examen « évaluateur et formateur » n’est en fait qu’un simulacre. Quand on arrivera à un bac accordé à 99 % des élèves ( y compris pour les élèves qui ont rendu feuille blanche) on décidera tout simplement de jeter le bac aux orties : il est devenu trop coûteux et ne sert plus à rien.
  • Puisque nous choisissons les sujets, qu’est-ce qui nous empêche au fond, soit de préparer les élèves au thème donné, soit même carrément de leur donner le sujet à préparer à l’avance ? Ah oui ! j’y suis, notre conscience professionnelle, bien sûr.
  • En septembre, nous avions cru comprendre que nous proposerions des sujets au Proviseur qui en tirerait un au sort. Raté ! Si on veut être démago, on peut.

IPR : « La bonne nouvelle de la réforme, c’est qu’en plus de la note chiffrée sur le relevé de notes du bac, il y aura à présent une attestation de niveau sur l’échelle A1— C1. Quant à la LVC qui n’est pas évaluée en E3C et ne compte plus que pour 10 % de la note du bulletin, elle risque de disparaître parce qu’elle demandera trop de travail à l’élève pour un poids final dérisoire. La réforme ne joue finalement pas tellement en faveur de la LVC. »

Aucune réflexion personnelle. Si même les IPR se font du souci, alors…

L. Esbuiée ©14 décembre 2019