Les manuels numériques en classe

En région Paca, nous sommes passés au manuel numérique. Un vrai régal.

Il faut compter entre 215 et 230 € pour un manuel numérique par classe. Le calcul est vite fait…

Alors on se dit que c’est une grande amélioration par rapport à un manuel version papier qui coûte près de 4 fois autant. Quelle économie !

Oui, sauf que… voilà tout septembre passé. Nous n’avons jamais eu accès aux manuels virtuels. Les « readers » ne fonctionnent pas, les livres ne se téléchargent pas et les éditeurs promettent que le problème va être réglé. Il le sera, n’en doutons pas, la question est de savoir quand.

Avoir dépensé des dizaines de milliers d’euros pour des manuels qui ne fonctionnent pas et auxquels on n’a pas accès, c’est pour le moins regrettable, d’autant qu’il ne faut pas oublier que c’est le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur qui a fourni gratuitement les tablettes avec le système d’exploitation Android.

Le conseil régional…. c’est-à-dire le contribuable à terme devra trouver les 23 millions annuels nécessaires pour le fonctionnement du tout-numérique.

On lit sur la Marseillaise 1 « Sondés par le rectorat d’Aix-Marseille, 70 % des lycées auraient accepté le passage au numérique. Un courrier sera tout de même envoyé par la Région aux conseils d’administration des lycées pour connaître leur position définitive. »

Qu’on se rassure, nous sommes en Macronie, donc nous n’avons jamais été sondés. Nous avons appris au détour d’un couloir que nous avions « voté » en faveur des manuels numériques, le vote consistant apparemment en l’avis d’une ou deux personnes, élargi à l’ensemble du personnel enseignant.

Donc nous avons les tablettes numériques et le papier, version photocopies…

Ceci dit, nous sommes ravis que ça ne fonctionne pas. Il suffit d’allumer la tablette pour prendre peur : la page d’accueil ouvre sur tout un monde de jeux, une sélection de livres à faire frémir et même un choix de films à petits prix…

Pas vraiment très pédagogique tout ça. A croire que le contribuable paie pour que l’élève passe son temps à surfer, et pourquoi pas, à dépenser un argent qu’il n’a pas.

Mais au bout d’un mois de scolarité, le bilan me semble effrayant : les élèves, qu’on le veuille ou non, sortent les tablettes à tout bout de champ. Ils s’en servent comme d’une loupe pour voir le tableau ( à défaut de lunettes ), comme d’un appareil photo pour s’éviter la peine de copier la leçon, comme d’une caméra pour mettre ensuite des photos ou des vidéos sur Snapchat et même comme enregistreur vocal.

Et on passe son temps à les obliger de mettre la tablette dans leur cartable, contredisant ainsi la version officielle qui veut qu’elle soit à portée de main. Enfin, pour ceux qui n’ont pas « perdu » leur tablette depuis la rentrée, cela va sans dire.

J’aimerais qu’on me prouve le bien-fondé pédagogique des tablettes et aussi son impact écologique.

Et pourquoi pas ? Que l’on me dise qui a bénéficié de cette manne de l’Éducation Nationale.

Une chose est certaine : ce ne sont pas les élèves et ce ne sont certes pas les profs.

Et pendant qu’on abrutit les gosses à force d’écrans et qu’on les incite à jouer en ligne pendant les cours, les cadres high- tech de la Silicon Valley, eux, mettent leurs enfants dans des écoles non-connectées.

Cherchez l’erreur.

L. Esbuiée © 30 septembre 2019

1http://m.lamarseillaise.fr/bouches-du-rhone/education/75507-les-lyceens-de-la-region-sud-bachoteront-sur-tablette-numerique