Miscellanées Pélagiennes

Synopsis : “Miscellanées Pélagiennes” est un recueil de nouvelles où les personnages se croisent et s’entrecroisent.

Extrait de “May”

May m’avait invitée à une soirée que donnait l’un de ses copains pour ses vingt-et-un ans. C’est un anniversaire plus important que les autres, car c’est à vingt-et-un ans, dit-on en Angleterre, que l’on détient la clef de son avenir.

Nous sommes arrivées aux alentours de minuit. La soirée se passait dans une vieille baraque délabrée et repoussante de saleté. Sur les murs, quelqu’un s’était donné la peine d’écrire ” Happy Birthday”.

Il aurait pu s’en dispenser.

Je n’ai jamais assisté à rien d’aussi lugubre, d’aussi funèbre et déprimant.

Ils étaient tous assis à même le sol, et fumaient et buvaient.

Dans ce qui servait de cuisine, les verres et les boissons gisaient un peu partout. Quelqu’un avait mis de la musique, peu faite en vérité pour mettre de l’ambiance. Nul ne parlait ni ne riait et l’ensemble donnait davantage l’impression d’une veillée funéraire que d’un anniversaire.

Nul n’aurait émis l’idée étrange de se secouer, de secouer cette atmosphère mortuaire et de danser par exemple.

Les Punks, les marginaux ne dansent pas. C’est une convention qui n’entre pas dans leurs habitudes.

Aussi étaient-ils assis à tromper le temps, à boire et à fumer tristement, plus par désœuvrement, semblait-il, que par inclination. Et ma foi, j’en ai fait autant.

Ils consumaient si visiblement leur vie que c’en était presque du suicide.

« Il reste du gin. » me souffla May au passage.

J’abhorre les morts lentes, elles sont les plus cruelles.

Jeunesse sacrifiée, sans joie, sans but, assise par terre et regardant dans le vide, elle attendait le matin pour aller se coucher.

Ils me font peur et me fascinent tout à la fois, et j’aimerais – violence, désespoir exceptés – être des leurs.

Mais qu’importe à nouveau, peur ou fascination, s’ils ne sont rien, je ne suis pas davantage et en cela nous sommes égaux.

(…)

J’ai croisé Malcom par hasard dans la rue. Semblable à lui-même, tout sourire, charmant, charmeur. Il m’invite à prendre un café, et je ne sais pourquoi j’accepte. Nous prenons une ruelle sombre et l’on atterrit dans un café qui ressemble à une arrière-boutique.

Tous les jeunes sont assis en rond et font passer alentour une sorte de calumet, l’air serein et pour tout dire indifférent. Malcom laisse passer son tour et je sens que ce ne doit pas lui être habituel. Très à l’aise, il me parle de Clara, avoue qu’il a beaucoup craint les derniers temps pour sa santé mentale et confirme ce que je savais déjà par May, à savoir qu’il est d’avis que tenter de la faire sortir de l’hôpital serait trop dangereux, que son état réclame des soins qu’aucun de nous n’est à même de lui donner, état par ailleurs qui peut fort bien s’aggraver encore.

J’ai loué sa prudence.

D’un air qui ne laisse pas d’être satisfait, il reconnaît qu’il est généralement prudent, qu’il ne s’engage jamais à la légère.

Je suis toute prête à le croire et le lui dis.

Discerne-t-il quelque sarcasme? Avec plus de vivacité qu’il n’en a montré jusque là, il reprend :

« Tout le monde pense que c’est de loin la meilleure solution et je ne fais que me conformer à l’opinion générale. » et change de sujet de conversation. Qui ne dut pas être très difficile à trouver. Depuis que je le connais, je ne lui ai jamais entendu que deux sujets d’entretien : lui-même et sa musique.

Ce qui revient au même, à peu de choses près.

Lorsque je suis sortie du café, je savais tout sur l’itinéraire de la prochaine tournée du groupe, sur la qualité de l’orchestre, leur espoir d’être remarqués par une maison de disques londonienne mais j’ignore encore pourquoi il est si important que Clara demeure sans visites…