Municipales 2020

Élections, jeu électoral, démocratie par les urnes, choix des électeurs….

Quand signale-t-on la fin de la récré ?

Cela fait longtemps qu’on joue au jeu factice des élections mais à un moment il faut se rendre à l’évidence : les joueurs sont fatigués et le jeu n’a plus aucun sens.

Il faut sans amertume mais avec vigilance se pencher sur les faits suivants :

  1. L’abstention : la grande gagnante des élections
  • Sur 16 millions d’électeurs appelés aux urnes dans 5 000 villes le 28 juin 2020, pour le second tour des municipales, environ 60 % des votants se sont abstenus.1
  • En clair, 6,4 millions sur 67 millions de Français ont choisi une politique municipale pour les 6 prochaines années = moins de 10 % des Français ont imposé à leur corps défendant une politique à laquelle 90 % des Français n’ont pas voulu ou pas pu prendre part !
  • Dans les grandes villes, l’abstention du corps électoral monte à des sommets inégalés jusque là : 72 % d’abstention à St Étienne, 72,3% à Nice, 63,4% à Marseille, 63,1% à Paris, 62,2% à Lyon et 52,8% à Perpignan.
  • Dans les faits, cela donne des scores lamentables : St Étienne 16 % des voix pour Perdriau, Toulouse 22,8 % pour Moudenc, Lyon 19 % pour Grégory Doucet, Bordeaux 17,5 % pour Pierre Hurmic, Paris 17% des inscrits pour Hidalgo, Nice 15,8% pour Estrosi, Strasbourg tout juste 15 % pour Jeanne Barseghian, Lille 12,4% pour Aubry.
    Pour rappel, C. de Gaulle démissionne en 1969 parce qu’il n’avait obtenu que 48 % des voix au référendum sur la réforme du Sénat! On perçoit la chute ou elle n’est pas encore assez claire ?
  1. Une identité multiple et non plus nationale.
  • Le 25 septembre 2019, l’Express publiait qu’Abdelaziz Hamida, aujourd’hui maire de Goussainville, était fiché S pour islamisme radical :«De source policière, il [était] réputé proche du mouvement fondamentaliste Tabligh, une organisation dont le nom a[vait] été cité dans le dossier judiciaire de la filière djihadiste de Lunel, responsable du départ de plusieurs jeunes français pour la Syrie et l’Irak dans les années 2014-2015». La question qui se pose est celle-ci : comment un fiché S pour islamisme radical a-t-il pu être considéré comme éligible ? Comment peut-on accepter qu’il soit le maire de Goussainville ?
  • A Mantes-la-Ville, on assiste comme pour Bobigny aux élections de 2014 à une tête de liste qui n’est qu’un homme de paille. Comme le souligne avec délicatesse le Parisien dans son édition en ligne « Sami Damergy a fait dimanche soir une entrée fracassante dans un monde politique qu’il ne connaît pas et dans lequel il ne semble, pour l’instant, guère à l’aise.» 2 Il faut dire qu’il a été intronisé par Pierre Bédier de Mantes-la-Jolie, ce même Pierre Bédier dont le clientélisme et la corruption ne sont plus un secret pour personne : «Quand il parle des « autres », il pense aussi à ses électeurs, qu’il sait gratifier de nombreux services personnalisés.»3
    Alors, si Damergy n’est qu’un homme de paille, un cheval de Troie, qui sont les maîtres de Mantes-la-Ville ?

    Ici on a un début de réponse :

                                   

  • Le raz-de-marée de la diversité est beaucoup plus importante que la proclamée « vague écologique ». En effet, sur les 236 villes de plus de 30.000 habitants, les écolos en ont remporté 10 et pratiquement aucune en campagne. Mais la vague de maires issus de la « diversité » est éloquente : Bezons, Givors, Saint-Ouen-Bobigny, Juvisy, Ambares, Lagrave, Elbeuf, Saint-Pierre-lès-Elbeuf, Bobigny, Goussainville, Trappes.. Trois Franco-Marocains sont élus maires dans la foulée : l’islamiste Abdelaziz Hamida dont nous avons déjà parlé à Goussainville (95), Karim Bouamrane à Saint-Ouen (93) et Ali Rabeh à Trappes (78)

       La nouvelle figure du conseil municipal de Bobigny : où sont les femmes ?? 

  1. Des soupçons de fraude :
  • Au Havre d’abord : on se souvient que quand Édouard Philippe a été nommé maire du Havre en 2012, il a laissé une dette de 268 millions au 31 décembre 2017 d’après le rapport de la chambre régionale des comptes. On se souvient aussi que 3 ans plus tard, lorsqu’il s’est pointé au Havre au 1e tour des élections, il a été hué sur son passage.
    Or voilà un gars qui est haï de tous ou presque, qui a laissé un bilan calamiteux et qui arrive à obtenir près de 59 % des suffrages alors que tous les maires de France ou presque tournent autour des 17 %. Cela interpelle. Un peu moins quand on apprend que le vote au Havre était … électronique et que les présidents des 114 bureaux de vote du Havre ont pu être vus remontant chacun avec une valise en bois à la main au premier étage de l’hôtel de ville pour centraliser les résultats du vote électronique, d’après Olivier Faye, journaliste politique à Le Monde. 4
  • A Lodève, dans l’Hérault, 30 procurations auraient été « égarées » ou injustement refusées. Il faut dire qu’entre l’heureuse gagnante et son opposant malchanceux, l’écart n’est que de 16 voix !
  • Marseille, fidèle à son image, ne veut pas être en reste. Après un 1e tour des élections où une cinquantaine de procurations faites dans les Ehpad à l’insu des électeurs ont atterri dans la corbeille de Martine Vassal, digne héritière de JC Gaudin, nous voici avec… une maire qui n’a pas la majorité absolue.
    Avec 38,28% des voix, Michèle Rubirola du Printemps Marseillais devance largement les 30,75 % des voix de Martine Vassal (LR). Or à Marseille, c’est le scrutin par secteurs plutôt que par voix qui domine. C’est ainsi que Vassal remporte 3 secteurs, Rubirola 4 secteurs… et Samia Ghali 1 secteur.
    Or Ghali a l’étiquette PS : on s’attendrait donc à ce qu’elle soutienne le Printemps Marseillais… ce qui visiblement n’est pas le cas. Gageons que de cette bouillabaisse interne à laquelle ne participe pas les citoyens lambda, la démocratie n’en sortira pas grandie. Et on pourrait très bien se retrouver (comme aux États-Unis) avec un élu qui l’a été avec moins de voix que son concurrent. A Marseille, il suffirait que Ghali et Gilles donnent leurs voix à Lionel Royer-Perreaut, élu du 5e secteur, pour faire basculer une élection à droite qui a été gagnée par la gauche. C’est ça la démocratie !
  • Et puis, on a ceux qui sont élus ( a priori tout à fait démocratiquement) comme à Balagny-sur-Thérain dans l’Oise et qui font un doigt d’honneur à leurs électeurs :
    4. Un gouvernement sans élus

    Si l’on excepte les villes où Darmanin et E. Philippe se sont présentés sans étiquette, voici le score des maires élus de LREM, en rouge sur la carte :Vous en voyez beaucoup ?  Alors on fait quoi ? Comment peut-on appeler «démocratie » ce simulacre d’élections ? Ne devrait-on pas EXIGER la dissolution de l’Assemblée Nationale, voire même la destitution de Macron qui est désavoué comme jamais aucun président français avant lui ne l’a été ?

Mais dans cette 5e République moribonde, les jours d’élections sont toutes Journées des Dupes. Sauf qu’on n’a pas de Richelieu.

Non. A la place, on dégomme Colbert.

                                                                                 Laurence Esbuiée©1er juillet 2020

 

Notes

1Chiffre encore approximatif : de 61 % au soir des élections, l’abstention serait « descendue » à près de 59 %.

2https://www.leparisien.fr/yvelines-78/municipales-a-mantes-la-ville-sami-damergy-le-novice-qui-a-fait-tomber-le-fief-rn-29-06-2020-8344332.php

3https://www.monde-diplomatique.fr/2017/02/GARCIA/57133

4https://twitter.com/olivierfaye/status/1277284717793087498