Notre poison quotidien – Robin

– NOTRE POISON QUOTIDIEN –

Marie-Monique ROBIN, éditions La Découverte, 2011

La page d’accueil du site web du Ministère de l’Agriculture ne mentionne pas une seule fois le mot pesticide. En revanche il comprend une section intitulée « Santé et Protection des Végétaux » où l’on apprend que le ministère conduit de nombreuses actions pour la prévention des risques sanitaires et phytosanitaires inhérents à la production végétale. Le fait de produire des végétaux est devenu source de risques !

C’est que les pesticides sont appelés produits « phytosanitaires », jamais pesticides.

En France, 80 000 tonnes de pesticides sont déversées chaque année. Nous sommes au 4e rang mondial après les USA, le Brésil et le Japon. 80 % des substances pulvérisées concernent les cultures céréalières, le maïs, le colza et la vigne.

Les pesticides provoquent des troubles de la vue, nausées, vomissements, et à terme cancer, Parkinson, maladies dégénératives...Une brochure sur « Le bon usage du glyphosate en agriculture » a été financée en janvier 2009 par le Ministère de l’Agriculture et concerne les produits Monsanto. Le nombre de personnes victimes d’une maladie professionnelle est passée de 4032 en 1989 à 45 000 en 2008.

Le benzène classé « cancérigène » est pourtant un composant des produits « phyto ». Les adjuvants ne sont pas indiqués sur les bidons et quand ils le sont, c’est sous l’étiquette de « dérivé de produits pétroliers » ou « solvant aromatique » !! «La composition intégrale des produits phytosanitaires est soumise au secret industriel » (INRA) 28 janvier 2005

Les politiques ont laissé les industriels appliquer leur loi qui consiste pour toute personne à prouver la toxicité de leurs produits, comme s’ils étaient présumés innocents jusqu’à ce qu’on les déclare coupables !

En 2009, des chercheurs de l’INSERM travaillant au centre d’immunologie de Marseille-Luminy ont établi le lien pesticides-cancers.  Plus de 99,9 % des pesticides migrent dans l’environnement, polluant l’eau, les sols et l’atmosphère. On découvre des pesticides dans les embruns océaniques ou les glaces de l’Arctique. Et malgré tout, 35 % des récoltes sont détruites par les parasites ; les insecticides ratent leurs cibles. Les PCB, insecticides et divers produits chimiques ont des effets immunosuppresseurs et on en trouve dans les baleines, les dauphins et les phoques. En 1990, il y eut une hécatombe des dauphins en Méditerranée qui n’étaient plus résistants au morbilliviurus. Le cancer est une maladie ancienne mais extrêmement rare avant la fin du 19e siècle. Le cancer est inconnu des peuples primitifs tant qu’ils gardent leur mode de vie ancestral.

Un pesticide à base de sulfure de carbone (qui rend fou) est toujours utilisé pour les cultures des fraises. Il provoque des crises d’hystérie, impuissance sexuelle, confusion mentale, troubles de la mémoire, comme l’empoisonnement au plomb. Dès avant la 2e Guerre Mondiale, les scientifiques avaient découvert que le cancer était environnemental et non héréditaire. L’essence au plomb n’a été interdite qu’en 2000 en Europe alors qu’on savait depuis des siècles que le plomb rend fou.

Utilisation perverse du principe de Paracelse : «seule la dose fait le poison », d’où la création du concept de la Dose Journalière Acceptable seuil en-dessous duquel on peut absorber n’importe quel poison sans tomber malade (dixit les industriels).

C’est la stratégie de l’industrie du tabac : financer le doute, à chaque étude opposer une autre étude contraire qui entretient le doute et offre l’apparence d’un débat de fond. Comment truquer les études ? Effet de dilution : mélanger travailleurs d’une usine exposés (à la dioxine par ex.) avec ceux de l’usine qui ne l’étaient pas. Si dans le groupe expérimental  (ceux qui font partie de l’étude) sont mélangés, alors l’étude conclura que la dioxine ne présente pas de danger puisque le groupe de contrôle (ceux que l’on prétend non exposés) a des taux de mortalité aussi élevés. Mais les agences de réglementation se basent sur ces études.

Autre façon : prendre un groupe restreint et les étudier sur un laps de temps court. Verdict : peu ou pas de cas de leucémie. Pourquoi les épidémiologistes se prêtent-ils à ces contrefaçons ? On leur offre des millions de dollars surtout s’ils dirigent un laboratoire et après c’est l’engrenage. « L’évaluation toxicologique est comme un espion capturé. Si vous le torturez suffisamment longtemps, il vous dira tout ce que vous voulez. » dit William Ruckelshaus. On peut aussi accepter une certaine marge de risque, et décider de manière arbitraire de la DJA. Dissimuler ou interdire la publication de leurs études de leurs laboratoires sur la toxicité en arguant qu’il s’agit «de la propriété intellectuelle» de la firme. Faire intervenir la Cour Suprême qui cassera la réglementation au motif que «les preuves ne sont pas suffisantes ». Les publications sont généralement revues par des « pairs » issus du milieu universitaire, mais il y a accroissement du pouvoir de l’industrie sur l’Université, d’où graves conflits d’intérêt qui ne sont pas pris en compte par la Food and Drug Administration aux Etats-Unis ou l’Autorité Européenne pour la Sécurité des Aliments EFSA. Les auteurs des études devraient fournir les données brutes de leurs études mais c’est rarement le cas, la réglementation est fondée sur un résumé des données établies par les laboratoires des industries. La recherche privée n’est pas assujettie comme dans le public à un contrôle rigoureux, elle échappe à tout examen externe au motif du secret industriel.

Les Académies de médecine et des sciences, en collaboration avec le CIRC concluait en 2007 que «aucun des pesticides utilisés actuellement n’est cancérigène chez l’animal ou chez l’homme».

L’Académie des sciences affirmait dans un rapport en 1994 que «les dioxines ne posaient pas de problème majeur pour la santé publique. » La plupart des membres du groupe de travail émargeaient chez Rhône-Poulenc. Auréolés du sceau de l’Académie, ces rapports sont pris au sérieux et cités par les autorités, relayés par la presse et font office de preuve dans les tribunaux. Saint-Gobain et Eternit ont créé le Comité Permanent Amiante (CPA) qui réunissait des industriels, des scientifiques, des hauts fonctionnaires, des syndicalistes et qui est devenu le seul interlocuteur de l’état sur l’amiante. But : fournir une caution scientifique indiscutable et noyer le poisson.

Le CIRC n’a pas le pouvoir d’interdire des produits, même cancérigènes, il remet un rapport aux autorités gouvernementales qui gèrent. Toutes les substances déclarées cancérigènes par le CIRC sont encore utilisées. Quant aux pesticides, le CIRC ne peut pas évaluer leur potentiel cancérigène puisqu’ils ont été mis sur le marché sur la base de données toxicologiques incomplètes. Les fabricants font des tests exigés par la réglementation mais ne sont pas obligés de publier leurs études, ils déclarent les produits inoffensifs et le CIRC ne peut vérifier d’où leur non-classement dans le groupe 1, haut risque.

Conclusion : on voudrait enrichir les industriels et empoisonner du même coup la population qu’on ne s’y prendrait pas autrement.