Sibeth N’Diaye

                             Sibeth N’Diaye, l’humoriste malgré elle.

Ah, Sibeth ! Quand enfin le néant se la réappropriera ce qui ne saurait tarder maintenant qu’elle ne fait plus partie du gouvernement, je pense que pendant quelques temps, elle nous manquera. On dira : « Ah ! Du temps de Sibeth… » et on se mettra à rigoler. On en inventera, on lui prêtera même des mots qu’elle n’a jamais eus, persuadés qu’elle l’aurait pu si seulement on lui en avait laissé l’opportunité ; on prendra des airs supérieurs vis-à-vis de ceux qui ne l’auront pas connue. Il suffira de dire : « Une fois, Sibeth a dit que…. » pour que tout le monde s’esclaffe aux dépens de l’intéressée.

Il faut dire que Sibeth Ndiaye est vraiment une caricature à elle toute seule. On ne reviendra pas sur sa coiffure ou ses tenues – toutes plus célèbres les unes que les autres et qui pourraient servir à définir la quintessence du mauvais goût – pour se concentrer sur sa parole. D’ailleurs, très honnêtement, si un bédéiste avait eu l’idée saugrenue de dessiner une Sibeth N’Diaye, on l’aurait traité de raciste. Soyons honnête, il aurait eu les pires ennuis. C’est donc tout à l’honneur de Macron d’avoir promu une personne qui a si bien desservi la cause qu’elle était pourtant censée défendre, celle des valeurs de la République.

A peine Macron élu, Sibeth qui n’était pas encore sa porte-parole mais la responsable des relations presse de l’Élysée, à un journaliste qui lui demandait une confirmation du décès de Simone Veil, répondit par SMS : « Yes, la meuf est dead ».

Tollé général ! N’importe qui d’autre sous un autre gouvernement serait tombé dans les limbes de l’oubli. Mais nous étions en Macronie. Non seulement, elle ne fut pas virée, mais elle gagna du galon.

Car ce qu’il y a de bien avec Sibeth, c’est qu’une ineptie chasse l’autre. «J’assume de mentir pour protéger le président de la République » s’est-elle exclamée, tout feu tout flamme à qui la questionnait sur l’agenda de Macron. On aurait pu croire qu’elle devait couvrir quelque galipette extra-conjugale de son seigneur et maître (escapade faite avec ou sans scooter). Même pas, ledit Macron avait juste été faire….une partie de tennis ! C’est sûr que si elle devait mentir pour une partie de tennis… ça nous réservait quelques mauvaises surprises, tout ça !

Oui et non.

Parce que si Sibeth est inepte, au moins elle a été la seule de la Macronie à nous faire rire de temps en temps. Il faut lui rendre cette justice.

En avril 2019 lors de sa passation de pouvoir avec Griveaux, elle fut reçue pour sa toute première entrevue par BFMTV auquel elle voulut montrer sa connaissance du monde chrétien qu’elle soupçonnait d’être resté plus vivace qu’elle ne l’aurait souhaité sur le sol de France : « Je suis comme saint Thomas d’Aquin, je ne crois que ce que je vois». Saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il mourut au 13e siècle laissa l’image d’un homme soucieux de ne froisser personne par des paroles blessantes. On peut dire que d’une certaine manière, Sibeth peut se targuer de prendre exemple sur Saint Thomas d’Aquin parce que si elle nous froisse en permanence, c’est sans le vouloir. Mais on lui accorde volontiers l’influence aussi de Thomas le Didyme, l’apôtre de Galilée, en ce qui concerne son incrédulité qui est chez elle poussé au paroxysme, puisqu’elle ne croit même pas ce qu’elle voit et entend !

En décembre 2019, tous les corps de métiers étaient dans la rue. Mais le plus urgent semblait d’apaiser le personnel des hôpitaux. Venue sur le plateau de France 2 lors de « Vous avez la parole » elle fut confrontée à un membre du collectif Inter-Urgences, l’infirmier Pierre Schwob Tellier qui lui dit : « Cela fait 9 mois de grève. Trois revendications, aucune n’a été entendue. »

Réponse très calme de Sibeth : « J’étais à l’hôpital de Montélimar il y a deux semaines. » Elle n’arrivait pas à croire que des revendications fussent possibles dans un endroit où elle avait mis le pied, que ce fût à Montélimar ou à Paris. Elle avait parlé au personnel et n’avait cru en rien, ni à leur désarroi face aux manques de masques, de ressources et de lits ni à la pénurie même de médicaments. Elle aurait vu les stigmates du Christ qu’elle n’aurait cru ni en son calvaire ni en son trépas sur la croix.

Mieux encore, elle ne parvenait pas à croire que les LBD 40 fussent des armes meurtrières. Sur « Les matins de France Culture » le 4 novembre 2019, elle lança vigoureusement : « Je récuse le terme de violences policières […] peut-être qu’il y a eu des erreurs, mais nous avions à faire à une violence inédite !»

Bizarrement, cette « violence inédite » des Gilets Jaunes qui n’avaient fracassé personne ne semblait plus lui causer le moindre problème dès lors qu’il s’agissait des Black Blocs ou des BLM.

Lors du scandale de Rugy et de ses bouteilles de vin à 500 € pièce et ses petits dîners au homard payés par le contribuable, courageusement elle décida d’éteindre un incendie plus facile à gérer que la crise des hôpitaux ou celle des Gilets Jaunes, pensait-elle. Sa déclaration fit sensation : « Nous sommes tous conscients que tout le monde ne mange pas du homard tous les jours. Bien souvent on mange plutôt des kebabs.»

Au début tout le monde crut à une farce. Et ensuite, la France entière – celle des gueux – fut pliée de rire.

Quand on lui apprit que les Français du cru ne mangeaient généralement pas de kebabs, elle n’en revint pas :  « Dans ma culture africaine on mange avec les doigts, pas avec une fourchette et une cuillère » donnant par là à penser que ces fourchettes racialistes devaient être bannies au plus vite. « Je crois très sincèrement que dans le gouvernement aujourd’hui, on n’a pas que des technos blancs de 40 ans. » Le monde de Sibeth se partageait visiblement en deux catégories : d’un côté les technos blancs qui mangent du homard et de l’autre le peuple qui bouffe du kebab. Si le peuple français ne bouffe pas de kebabs, c’est qu’il est raciste ou décadent ou dépassé ou simplement pas digne de résider en Macronie.

Mais elle compatissait à leurs maux cependant, à ces gueux dépourvus de voiture de fonction. C’est pourquoi en pleine grève de la RATP, en septembre 2019, elle s’exclama : « Je serai de cœur avec tous les Franciliens qui galéreront dans les couloirs du métro.»

La méconnaissance du peuple dont elle se proclamait la porte-parole devenait un atout. Jamais auparavant on n’avait donné un tel pouvoir à une femme qui n’avait absolument rien pour la recommander.

En janvier 2020, Sibeth comprit pourtant qu’il était temps de se rapprocher des Français, ces sans-dents alcooliques et illettrés qui manifestaient sans relâche contre son bien-aimé président acculturé, islamophile et startupish :

« L’écoute et l’échange sont au cœur de mon action de Porte-parole du Gouvernement. Cela vaut aussi pour les réseaux sociaux. Je lance donc aujourd’hui un nouveau format : le #ASKPPG »

Bien sûr, peuchère, elle ignorait que « ASK«  violait l’article 11 alinéa 1 du décret d’application de 1996 de la loi dite Toubon qui impose l’usage du français dans toutes les communications du gouvernement. Mais peut-être qu’elle s’en fichait, tout bonnement. C’est sûr que quand le chef de l’état mutile à tout va, on aurait mauvaise grâce à pointer du doigt les entorses à la loi.

Ce fut un déluge :

Un LBD40 peut-il descendre un koala à 30m par temps sec ?#ASKPPG

                  — romain meltz (@lemediapol) January 27, 2020

        Où est Xavier Dupont de Ligonnes????

— canardeau (@blaireausauvage) January 28, 2020

                 Comment s’appelait le Capitaine Crochet avant de perdre sa main ? #ASKPPG

                  — Johan Boulet (@johanboulet) January 28, 2020

J’en ris encore.

Mais il y eut des questions plus sérieuses :

#ASKPPG « Est-ce que les affiches d’information placardées aux aéroports ont réussi à empêcher les personnes infectées ( au coronavirus) d’en infecter d’autres sur notre territoire ? » Eurycholos

Réponse tout aussi sérieuse de Sibeth : « C’est évident qu’elles sont nécessaires. Ce qui est important, c’est d’avoir de l’information en direction de ceux qui viennent du foyer de l’épidémie, en l’occurrence, de Chine. Quand on a de la fièvre, des signes respiratoires aigus, ils doivent appeler le 15 qui vous dira la conduite à tenir. Ce que nous avons souhaité, c’est que les gens infectés n’aillent pas dans les hôpitaux pour ne pas disséminer l’épidémie. On prend les choses très au sérieux. Les portails de détection thermiques ne sont pas très utiles parce que vous pouvez prendre du paracétamol pour faire baisser la température. »

Pour résumer la pensée très profonde de Sibeth N’diaye et d’Agnès Buzyn et de tout le gouvernement :

  1. Les gens arrivent de Chine mais ne savent pas qu’il y a une épidémie grave. Donc on met des affichettes pour les prévenir du danger du coronavirus. (en espérant qu’ils lisent le français)
  2. Grâce aux affichettes, ils se disent : « Bon sang, mais j’ai de la fièvre, serais-je donc infecté (e) ? » donc ils appellent le 15.
  3. Ils ne se rendent pas dans les hôpitaux pour ne pas disséminer le virus. En revanche qu’ils aient contaminé tout l’avion + l’aéroport + bus + métro avant de songer à composer le 15, aucun problème.
  4. Les portiques de détection ne servent à rien contre le paracétamol. Donc il est inutile d’en mettre. Et d’ailleurs, ce n’est pas la peine de vérifier.

Nullement découragée par les railleries qui sur les réseaux sociaux allaient bon train, Sibeth décida de se tourner vers un sujet tout aussi brûlant que le Coronavirus mais peut-être plus consensuel et se fendit d’un tweet :

Fière d’avoir remis le prix de l’@ObservLaicite avec @jeanlouisbianco. Notre pays n’aurait pas pu se construire sans l’apport des religions qui l’ont irrigué. Comme il ne l’aurait pu sans la #laïcité qui permet à chacun de croire ou non dans la liberté, l’égalité et la fraternité pic.twitter.com/1ilye8KRoT

— Sibeth Ndiaye (@SibethNdiaye) January 22, 2020

En d’autres termes, l’islam a aidé à construire le pays que nous avons aujourd’hui et la laïcité a permis à chacun de se faire sa propre idée sur la devise de la France, voire même de la renier. Donc la laïcité vous dispense d’adhérer aux valeurs de la République ! (Mais pas de critiquer l’islam, naturellement, comme devaient en faire amèrement l’expérience les victimes de Charlie Hedo et la jeune Mila)

Heureusement, l’actualité est brûlante et arriva le temps des municipales. Édouard Philippe décida de se représenter en tant que maire au Havre tout en gardant ses fonctions de 1e Ministre. Sibeth se fendit d’un tweet élogieux :

« C’est une excellente nouvelle qu’ @EphilippePM soit candidat au Havre. C’est une ville à laquelle il est très attaché. Bien évidemment, il reste Premier ministre à plein temps et candidat tout autant. @franceinfo »

E. Philippe allait être Premier Ministre à plein temps et candidat à la mairie du Havre à plein temps. En bref, Édouard Philippe, c’est le nouveau superman : il est papa à plein temps, ministre à plein temps, candidat à plein temps et Don Juan à plein temps aussi, n’en doutons pas. Cela faisait beaucoup de plein temps pour un seul homme mais depuis que Macron est arrivé au pouvoir, toutes les lois de la physique ont changé. Maintenant on peut être à plein temps sur 3 ou 4 plein temps.

Et puis il y eut le cas d’Agnès Buzyn qui pleurait de devoir quitter sa fonction de ministre de la Santé avant d’avoir expédié un maximum de personnes outre-tombe. Pour la consoler de ce demi-échec et inciter les Parisiens à la choisir comme Maire de Paris, Sibeth N’diaye se refendit d’un commentaire : «  Agnès Buzyn avait depuis longtemps envie de se lancer en politique ; je pense qu’elle a fait un choix de responsabilité. » Cela paraissait évident : en pleine crise sanitaire, le choix de responsabilité, c’est surtout pas d’assumer et de se tirer en vitesse pour briguer un autre poste. Cela tombe sous le sens.

Des mauvais esprits commencèrent à penser que Sibeth portait bien son prénom, c’est pourquoi elle décida de s’attaquer aux choses sérieuses :

La réforme des retraites.

Et c’est ainsi qu’on apprit que prendre sa retraite était nocif pour la santé. La preuve : la retraite provoquait des crises cardiaques. Invitée dans l’émission de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, en janvier 2020, Sibeth Ndiaye a endossé avec componction l’habit de psychiatre :

« La retraite est un moment d’angoisse. On sait qu’il y a beaucoup de crises cardiaques, de maladies qui surviennent, notamment chez les hommes quand on arrête l’activité, parce qu’en quelque sorte, il y a un petit vide qui se crée. »

Sibeth était tellement soucieuse de notre santé qu’elle s’opposa à un référendum. On sait à quel point le peuple ignore ce qui est bon pour lui. Il importe donc au gouvernement de le tenir en ignorance et de lui imposer des choix contraires à sa volonté afin de le sauver de lui-même. Mais il fallait quand même dire au gueux à quel point il se leurrait et en tant que porte-parole, Sibeth nous avertit solennellement : «  On a vu dans d’autres pays que quand on pose une question aussi binaire que oui ou non, on pouvait parfois avoir des résultats qu’on mettait au moins 3 ans à surmonter». Dont acte.

Il fallait quand même dire que Sibeth n’avait pas la tâche facile. On aurait dit que les ministres eux-mêmes s’ingéniaient à la lui compliquer. Car ce pauvre Delevoye, haut-commissaire aux retraites, avait tout simplement omis de signaler sur sa déclaration d’intérêt quelques 14 petites rémunérations qu’il avait reçues, trois fois rien, juste de quoi le soupçonner d’abus de confiance, abus de biens sociaux, recels de ces délits et conflits d’intérêts avec ses fonctions gouvernementales.

Pas de quoi en faire tout un drame.

Sibeth dut monter au créneau pour replacer l’affaire dans sa juste perspective : « Nous assumons les faits reprochés à M. Delevoye et à tous les autres, Nous avons été élus pour nos compétences et non notre honnêteté. »

Dit comme ça, on se sent beaucoup mieux en effet. Pour un peu, on aurait cessé de demander sa démission, à ce pauvre Delevoye.

Mais c’est grâce à la crise du Coronavirus que Sibeth N’Diaye vit l’opportunité de donner sa pleine mesure.

Déjà, dix jours avant le confinement obligatoire, sur LCI le 5 mars, Sibeth tenta d’expliquer aux Français pourquoi il y avait des rassemblements autorisés car non-susceptibles de propager le virus et des rassemblements interdits car propagateurs de virus :

« Je ne veux pas du tout dire les gens sont idiots, ou quoi, ou qu’est-ce, ce que je veux dire c’est que c’est compliqué à comprendre. Il y a des moments, par exemple, sur les rassemblements actuellement, il y a des rassemblements qu’on interdit et d’autres qu’on n’interdit pas. Il faut regarder quel est le sous-jacent scientifique derrière. Si on n’interdit pas un match de foot avec deux équipes qui viennent d’endroits où le virus ne se diffuse pas, c’est parce qu’on estime que scientifiquement, eh bien en fait ça ne va pas permettre de propager l’épidémie. »

Traduction : un match de foot entre l’OL et la Juventus est anodin car le virus ne se propage pas dans une ambiance sportive. La meilleure preuve en est que, là où sont les équipes de foot, le virus ne se diffuse pas. Le virus ne se propage pas non plus dans le métro ni en général dans tous les bâtiments construits pour contenir des milliers de personnes comme les stades, le métro, le tramway ou les centres commerciaux. En revanche, marcher seul sur la plage ou dans un parc est interdit car le virus hante l’espace naturel. C’est ce qu’on appelle «le sous-jacent scientifique ».

Pendant le confinement, alors que les enseignants devaient se débattre entre classes virtuelles, cours en ligne, exercices et corrigés, dans le silence souvent assourdissant de leur hiérarchie, Sibeth décida de ne pas les surcharger davantage comme elle devait le préciser le 25 mars 2020 dans son allocution aux agriculteurs : « Nous n’entendons pas demander à un enseignant qui aujourd’hui ne travaille pas de traverser toute la France pour aller récolter des fraises.»

C’était vraiment sympa de sa part, à Sibeth. Avec un message pareil, elle s’est fait beaucoup d’amis chez les enseignants.

Mais pas que. Chez les flics aussi.

Invitée de l’émission « Dimanche en politique » ce 21 juin sur France 3, Sibeth Ndiaye a encore eu une de ces déclarations dont elle a le secret : « Je comprends parfaitement l’émotion suscitée par l’image de l’arrestation (de l’infirmière qui jetait des pierres sur les policiers), mais en même temps je ne saurais pas expliquer aujourd’hui à mes enfants s’il est normal ou pas de jeter des pierres sur les forces de l’ordre. (…) On peut tous être à bout de nerfs, mais est-ce que ça justifie qu’on jette des pierres sur les forces de l’ordre ? Que dirait-on au fils ou à la fille du CRS qui reçoit cette pierre en plein visage, que c’est normal ? »

En bref, d’un côté, jeter des pierres sous le coup de l’émotion, peut-on dire que c’est normal ? Mais d’un autre côté, comment expliquer cela à mes enfants ?

Mais chacun a sa citation préférée. Moi, c’est celle où le masque n’étant pas obligatoire (vu qu’à l’époque il n’y en avait pas), Sibeth affirmait :

« Vous savez quoi ? Moi, je ne sais pas utiliser un masque ! L’utilisation d’un masque, ce sont des gestes techniques précis.»

Qu’est-ce qu’on a pu rire ! Mais voilà, tout a une fin, y compris pour la fonction de porte-parole pour Sibeth N’Diaye.

Mais je suis contente de pouvoir dire qu’on la regrette déjà. Témoin ce hashtag qui fleurit sur Tweeter en ce moment :

                                      #Reviens Sibeth Tout Est Pardonné.

         Faut dire que son successeur… Non. Promis, j’arrête là.

                                                                              Laurence Esbuiée@12 juillet 2020