Turpitudes en Macronie…

         Turpitudes en Macronie ou Jupiter, le baron et le sieur d’Évreux-Marrakech

Ce 29 juillet 2019 fut fertile en rebondissements médiatiques. On apprenait, pêle-mêle, que le corps du jeune Steve Maia Caniço avait été repêché dans la Loire, que l’humanité venait d’épuiser toutes les ressources que la planète peut fournir en un an, que le baron de Rugy s’indignait publiquement d’avoir été « victime d’une vengeance personnelle » et d’un « lynchage médiatique », que le Gilet Jaune Jérôme Rodrigues avait été placé en garde à vue pour une dispute conjugale et qu’enfin, Benalla, bien que retiré à Marrakech où sa société Comya lui aurait rapporté 450 000 euros l’an dernier 1, faisait bien malgré lui de nouveau la une du journal le Monde.

Si l’on excepte l’état de la planète qu’on ne peut reprocher au seul Macron – encore que la ratification du CETA lui soit imputable avec tout ce qu’elle contient de risques sanitaires et de dégâts écologiques accrus – toutes les nouvelles du jour auraient dû conduire à la démission du président jupitérien.

Quand on pense que dans les années 70 de simples écoutes illégales obligèrent Nixon à démissionner, on ne peut que constater à quel point en France règne le fait du prince. Aucun scandale ne semble être à même de faire vaciller le président-monarque. Mais ce qui est bien plus grave encore que l’inviolabilité et la toute-puissance du chef de l’État durant son mandat, c’est l’absence flagrante de toute éthique au sein du gouvernement.

Il est proprement inconcevable que François de Rugy ne comprenne pas ce que l’opinion lui reproche. Interrogé sur les dîners somptueux servis à l’Assemblée Nationale durant notamment la Saint-Valentin, ce qui froisse l’ex-ministre, ce n’est pas le soupçon qui entache son intégrité, c’est le sentiment d’injustice. Il a été victime d’une délation, d’une mesquine vengeance personnelle !

Le dîner somptueux ? « Quelques pétales de rose, quatre bougies sur un chandelier, c’est quand même pas ça qui a ruiné l’Assemblée. »

Un dîner privé à l’hôtel de Lassay ? « J’étais entre deux séances »

Le homard ? « Je l’ai servi aux invités mais je n’en mange pas. J’ai une intolérance aux crustacés et aux fruits de mer ! »

Le vin à 500 € la bouteille ? « Le champagne me donne mal à la tête. »

Les invités ? « Ce sont des personnalités issues de la société civile liées à l’exercice de mes fonctions. »

Les travaux de rénovation dans son appartement de fonction qui ont coûté la bagatelle de 63 000 € ? L’appartement «baignait dans son jus».

Le dressing à 17 000 € ? Les murs n’étaient pas droits.

Une 3e voiture de fonction avec chauffeur ? Il fallait bien que le fils de mon épouse puisse se rendre à l’école.

À aucun moment il ne lui vient à l’idée qu’en 2 bouteilles de château d’Yquem payés par le contribuable pour une réception d’ordre privée, il a éclusé l’équivalent d’un mois de retraite d’une personne qui a travaillé dur toute sa vie.

À aucun moment, la somme dépensée de 17 000 euros pour un dressing ne lui paraît démente. Alors qu’un dressing fait sur mesure par un menuisier coûte entre 2000 et 5000 euros !2

Non, non. La seule chose qui frappe de Rugy, c’est la « délation » dont il a été victime, lui qui a été « blanchi » par ses copains de l’Assemblée dont notamment par Richard Ferrand qui y va de son laïus « Dans un état de Droit, cette situation est d’une brutalité insupportable. » Quand on connaît le passif de Richard Ferrand, on se dit que vraiment la malhonnêteté est ce qui caractérise le mieux le gouvernement Macron et tous ses sbires.

Car ce qui « est d’une brutalité insupportable », c’est le sort fait à Steve Maia Caniço, mort jeté dans la Loire par les forces de l’ordre pour avoir été un peu trop bruyant lors de la Fête de la Musique. François de Rugy a-t-il été jeté en Seine ? Que nenni. Il retrouve son poste de député et ses émoluments ! Vraiment, sa situation est d’une brutalité insupportable !

Et pendant qu’on repêchait ce qui restait du pauvre garçon, Jérôme Rodrigues se retrouvait en garde à vue pour « violences conjugales ». Il s’avéra par la suite que le couple s’était disputé – ce qui arrive – et que ce motif avait été jugé suffisant pour l’arrêter. Ce fut sa compagne qui devait l’exonérer par la suite. Mais l’affaire en dit long sur la justice qui arrête des manifestants à leur descente de train par simple suspicion, jette en cellule un Gilet Jaune pour disputes conjugales et remet en liberté des violeurs patentés. 3

Ou décide tout simplement d’ignorer le cas Benalla.

Ce 29 juillet révélait deux autres faits qui entachent la réputation de Macron bien plus que celle de Benalla dont il ne reste plus rien à sauver.

Ce sont d’abord ces messages retrouvés sur le portable que Benalla avait censément perdu et qui en disent long sur le soutien présidentiel. «Tous des cons, Alexandre, sois zen et fort c’est le patron qui décide et à 30 000 kilomètres il ne décide rien te concernant », voilà ce que lui écrivait Jean-Luc Minet, le commandant militaire en second de la présidence de la République.

 Vu tout ce qui s’est passé depuis, nous sommes bien certains que Benalla n’a jamais dit la vérité et qu’il a toujours eu le soutien inconditionnel de Macron.

Plus graves sont les dernières révélations du Monde qui prouvent que lors de la campagne présidentielle de Macron, Benalla ne s’était pas contenté d’un rôle de garde-du-corps : il était à l’évidence aussi trésorier, distribuant de l’argent en espèces à différents membres de la sécurité, ce qui n’apparaît pas dans les comptes de campagne. Macron qui n’était alors qu’un obscur candidat a enchaîné les rassemblements entre décembre 2016 et mai 2017 mais, d’après le Monde, est incapable de présenter une fiche de paie antérieure à février 2017 pour tout son service d’ordre.

La question qui se pose est celle-ci : d’où provenait l’argent ?

Bizarrement, la question une fois posée fut immédiatement enterrée. À ce jour, moins d’une semaine plus tard, je n’ai pas connaissance qu’elle soit encore évoquée.

Olivier Marleix, député LR, soulève un autre lièvre. La vente de l’ex-fleuron français Alstom à l’américain General Electric par Macron alors ministre de l’Économie équivaut selon lui à un « pacte de corruption » :  «Des prestataires qui ont été rémunérés grâce à la vente d’Alstom Power figuraient parmi les donateurs de la campagne d’Emmanuel Macron », affirme Olivier Marleix en charge de la commission d’enquête. Des enveloppes bourrées d’argent liquide auraient même été distribuées par General Electric de façon à remporter des contrats en-dehors des USA, précise même le Figaro. On ne saurait être plus clair. 4

Autrefois on aurait appelé ça un acte de haute trahison, d’autant plus que Alstom a même dû s’acquitter d’une amende de 772 millions de dollars le jour de sa vente aux Américains ! Il faut le faire : payer pour être bradé quand on est une entreprise florissante.

Maintenant on apprend que General Electric compte supprimer 1050 emplois en France.

Alstom Énergie était championne au niveau mondial dans le nucléaire, l’hydraulique et le charbon. Depuis la vente d’Alstom, nous ne sommes plus souverains mais inféodés aux Américains pour ce qui est de notre parc nucléaire. La partie la plus stratégique des actifs d’Alstom vendus en 2014 étaient « la maintenance de tous les turbo-alternateurs équipant nos 58 centrales nucléaires (produisant 75% de l’électricité consommée en France), la fabrication des turbines «Arabelle» et l’ingénierie des îlots conventionnels pour les nouvelles centrales nucléaires. »5

Une décision comme celle de Jacques Chirac de s’opposer aux faucons américains lors de la guerre en Irak ne pourrait plus se produire aujourd’hui. Nous sommes dépendants des Américains pour la maintenance de notre propre technologie.

Arnaud Montebourg a raison de dire que Macron devrait rendre des comptes.

Mais en Macronie, la corruption est de mise. Tout comme la mise en place d’un régime autoritaire.

La décision «d’interdire toute manifestation ou rassemblement dans plusieurs périmètres du centre-ville de Nantes de 10 heures à 20 heures ce samedi 3 août » en mémoire de Steve Maia Caniço est ignoble. Le mobile de la « sécurité » ne tient pas. Après tout, lors de la finale de l’Algérie, les Champs-Élysées eux-mêmes avaient été livrés aux pillages deux soirs de suite sans que personne ne fronce les sourcils. Mais pour un hommage à un jeune homme victime de violences policières, toute manifestation populaire devient interdite. On présuppose qu’il y aura des échauffourées. Est-ce à dire qu’on veut qu’elles se produisent ?

Enfin, rassurons-nous. Brigitte Macron s’est fait faire un lifting à l’Hôpital américain et se repose en compagnie de son mari au fort de Brégançon. Tout va bien.

Laurence Esbuiée – 3 août 2019

1https://www.lexpress.fr/actualite/politique/alexandre-benalla-devoile-sa-nouvelle-vie-dans-une-interview_2089806.html

2https://jardinage.lemonde.fr/dossier-1355-dressing-concevoir-travaux-couts.html

3http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/07/24/97001-20180724FILWWW00123-yvelines-un-homme-mis-en-examen-pour-viols-remis-en-liberte.php

4http://www.lefigaro.fr/societes/pourquoi-la-vente-controversee-d-alstom-a-general-electric-fait-a-nouveau-parler-d-elle-20190724

5http://www.lefigaro.fr/vox/politique/le-bilan-de-la-vente-d-alstom-est-catastrophique-pour-l-emploi-et-pour-notre-souverainete-20190604