Une rentrée sous Covid

Nous sommes tous arrivés par petits groupes. La réunion avait lieu à 9h mais le café était déjà servi dans la cour. Il faisait inhabituellement froid pour un 31 août. Du moins je n’avais pas souvenir d’avoir porté une veste légère et un pantalon depuis des lustres lors d’une pré-rentrée. Le ciel était gris et s’il ne pleuvait pas, le temps était au diapason de l’humeur générale : tentant bravement de contenir l’amertume d’une fin d’été.

Bien sûr, les gens riaient, s’interpellaient gaiement et parlaient de leurs vacances. Sauf que pour la première fois de leur vie et de la mienne, nous étions de fait muselés. C’était étrange à voir ce cérémonial gauche et emprunté. Chaque groupe arrivait, la muselière au bec dûment attachée, puis se servait un café…. et ma foi, pour boire le café, se trouvait dans l’obligation d’enlever son masque qui finissait par pendouiller à la lanière d’un sac ou au coude du propriétaire. Et quel masque, les amis ! il y avait de tout, des masques en tissu, confectionnés par nos soins, comme le mien, des masques bleus dits de protection mais qui ne protègent de rien du tout comme c’est écrit sur la boîte, des masques blancs qui font illusion…

Pour être honnête, je m’étais attendue à une remarque sarcastique de l’un ou l’autre, peut-être même à un mouvement de rébellion, ou à tout le moins des questions à la direction lors de la réunion plénière. Il n’y en eut aucune. A croire soudain que les syndicalistes s’étaient évaporés, que les rebelles avaient fondu sous le fort soleil de l’été. Mais j’aurais mauvaise grâce à me plaindre car en vérité, je n’ai pas élevé la voix non plus. Les raisons en étaient multiples : je venais juste d’être mutée dans cet établissement et n’y connaissais donc personne. Je n’ai pas eu le cœur de m’insurger en terrain inconnu. Et puis, je suis lasse des batailles.

Je sais, c’est sans doute une excuse bidon. Mais il y a quand même un fond de vérité. Autour de moi, les pro-masques sont légion et je dois dire que c’est tout à l’honneur de mes amis qu’ils ne m’aient pas ostracisée car en vérité personne ne remet en question le bien-fondé de la dictature sanitaire ambiante. J’ai tenté de les convaincre, de leur montrer l’inanité du port du masque, de son effet délétère… peine perdue. Ils ne veulent croire en rien. Ils ne croient ni en le Professeur Raoult, ni en le professeur Perronne. Quant aux professeurs Toussaint et Chabrière, ils leur demeurent inconnus. J’ai fini par comprendre à quel point, loin de les convaincre, mes arguments étaient contre-productifs : ils s’étaient fait leur opinion et n’y dérogeraient pas. C’est ainsi que deux de mes amies se mirent à porter le masque dans ma voiture, l’une parce qu’elle était grand-mère et se le devait à elle-même, me dit-elle et l’autre parce qu’elle avait des parents âgés et leur devait tous les soins qu’elle était à même de leur prodiguer, dut-elle en mourir étouffée.

Mais il y eut pire : à Berlin, des centaines de milliers de personnes, proche du demi-million, prirent possession des rues pour contester le port du masque et la dictature sanitaire qui en découlait de fait. J’en parlais à une amie allemande — une amie de trente ans. 

 » Oh, me dit-elle sur le ton de l’insouciance ou du mépris déguisé, c’est l’extrême-droite, tu sais. Ils sont toujours contre tout. » Je n’ai rien répliqué mais il m’a fallu plus d’une soirée pour m’en remettre. Elle m’a laissé un message aujourd’hui. Je n’y ai pas encore répondu.

J’étais devenue fasciste parce que je refusais d’être muselée.

Les heures s’enchaînèrent. J’appris que Blanquer était naturellement revenu sur sa décision de permettre aux enseignants qui se tenaient éloignés des élèves près du tableau et derrière leur bureau d’ôter leur masque. Le masque, profs et élèves se devaient de le porter non-stop jusqu’à 10 voire 11 heures par jour : dans les transports en commun, en classe, en cours de récréation, et même en sport.

Bien entendu, c’est infaisable. Et je n’ai pas l’intention d’appliquer une discipline de fer à ce sujet. Je n’y crois pas, en leur Covid ! Et plus important, certes, les seuls médecins qui soutiennent ces aberrations sont ceux grassement payés par Big Pharma.

Quoi qu’il en soit, le clou de la journée, pour moi, ce fut l’arrivée à la cantine. Chacun prit place de chaque côté des tables disposées en U. Et gaillardement, après nous être servis au buffet, nous nous assîmes qui côte à côte et qui face à face, enlevâmes nos masques…. et nous mîmes à mâcher et discuter.

Brièvement, la pensée me traversa l’esprit : aurions-nous agi aussi légèrement si nous avions été intimement persuadés que le Covid-19 était létal, comme avaient pu l’être la peste ou le choléra ?

La réponse est Non.

Évidemment. Alors pourquoi étions-nous si volontaires pour appliquer un protocole qui n’avait rien de sanitaire ? Pourquoi étions-nous si prompts à non seulement nous étouffer sous un masque mais à permettre que les enfants, ceux que nous étions censés protéger et instruire, le fussent aussi ? Pour un Covid qui n’avait eu au final un taux maximum de létalité de 0,06 %. 1

 

 

J’eus un sursaut de mépris, je l’avoue : un troupeau de moutons, voilà ce que nous étions devenus. Un peuple de mougeons : 50 % moutons, 50 % pigeons, 100 % français. 2

                                                              Laurence Esbuiée© 31 août 2020

Notes :

1- « A ce jour, une estimation du taux de létalité entre 0,3% et 0,6% est avancée par les épidémiologistes ». Voir https://www.revuepharma.fr/2020/06/0-3-0-6-0-1-quel-reel-taux-de-mortalite-covid/

2- L’expression n’est pas de moi, je précise !